LA POLITIQUE NATIONALE
L'ACTUALITE POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE D'ANNECY, DE L'AGGLOMERATION ANNECIENNE
ET DE LA HAUTE-SAVOIE
par Jean EXCOFFIER
Les analyses et opinions émises sur ce blog personnel n'engagent que moi.
jean_excoffier@yahoo.fr
ça suffit
de Julien Dray
On dirait le scénario d'une de ces comédies policières que produisait naguère le cinéma américain. On pense même à un titre : « Les
flics à l'école ». La semaine dernière, six agents de police ont été mobilisés pour appréhender deux enfants, le plus âgé ayant 10 ans, soupçonnés d'avoir emprunté des vélos. Peu après, le
ministre de l'Éducation nationale propose un train de mesures censées répondre à cette terrible menace pour la sécurité nationale : portique de détection d'armes à feu à l'entrée des
établissements scolaires, constitution d'un corps spécial de police pour surveiller de près écoliers et collégiens. On attend encore de savoir quel rôle pourrait jouer, dans ce dispositif, la
nouvelle direction unifiée du renseignement.
On pourrait prendre le parti d'en rire. Mais avouons que l'envie nous en manque, quand nous considérons ce qui, pour le coup, relève
moins de la filmographie d'Eddie Murphy que des films les plus sombres sur la criminalité et la violence de rue américaines : l'augmentation continue de l'emprise des bandes et des caïds sur des
territoires entiers de la République, dans une sorte de partage territorial désormais acté. Des criminels qui s'enhardissent désormais au point d'ouvrir le feu à l'arme de guerre sur la police,
pour montrer leur force. Exactement, malheureusement, comme je l'avais prédit dans État de violence. Il y a maintenant dix ans.
Maintenant, cela suffit. Nous constatons aujourd'hui les conséquences d'une politique menée par les mêmes personnes depuis sept ans.
Sept ans marqués par l'augmentation continue des crédits accordés aux forces de police, même en période d'austérité budgétaire, et par une inflation législative sans précédent - 24 lois votées
depuis 2002 ! - qui en est même venue à criminaliser non plus des actes, mais des attitudes (hier les attroupements au pied des immeubles, avant peut-être, demain, le port d'une cagoule ou d'un
foulard). Sept ans, parallèlement, d'une stratégie systématique de boute-feu médiatique, de mise en scène dramatisée de faits divers pour faire fond sur l'indignation du moment. Et soigneusement
éviter toute réflexion approfondie sur les politiques en oeuvre mais aussi, et même surtout, toute analyse objective des résultats obtenus. Aujourd'hui, force est de constater l'enkystement d'une
criminalité endurcie, avec l'arrogance de l'impunité, dans les banlieues. On veut nous faire croire qu'une loi de plus, ou peut-être une nouvelle élévation du niveau d'armement des agents de
police, suffira à régler ce problème. Le devoir de la gauche est désormais très clair : dénoncer avec force cette mystification avec laquelle nous n'avons que trop transigé, embarrassés par notre
mauvaise conscience, à tort, sur la question sécuritaire.
Il faut refuser tout consensus dans lequel nous nous laisserions enfermer et culpabiliser, au nom de la défense des victimes. La question de la sécurité doit donner lieu à une rupture claire, et
à un affrontement projet contre projet avec la droite. Dénoncer l'absence de résultats et la mécanique médiatique, donc. Mais également clairement mettre en cause les responsables de cette
situation : les autorités politiques qui dirigent la police depuis sept ans, et qui préfèrent concentrer leurs efforts sur Julien Coupat, inventant une affaire rocambolesque mais gravissime sur
les principes (car, à n'en pas douter, certains à droite rêvent de mettre en oeuvre une stratégie de tension rampante pour criminaliser, au nom d'une prétendue menace d'ultragauche, toute
contestation sociale). Porter, ensuite, un projet clair, pour que cette dénonciation ne soit pas interprétée par nos concitoyens comme un coupable angélisme. Mettre un terme à l'usage
spectaculaire et télégénique des CRS que l'on promène de banlieues en banlieues une fois les incendies allumés, et revenir à un travail de terrain et de proximité. D'une part, déployer une police
d'enquête et d'investigation, une police financière qui s'attelle à démanteler les trafics, d'autre part, rétablir les missions de la police de proximité, pour recréer la confiance et
l'encadrement sans lequel le travail de police se fait sans les habitants, voire contre eux. Car c'est cela aussi, la conséquence de cette frénésie, un rapport police-jeunes totalement et
durablement dégradé.
Enfin et surtout, construire un système sociale de prévention précoce de la violence, qui coûtera moins cher, et sera plus efficace,
tout en respectant un véritable Etat de droit. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
Il est temps pour les socialistes et pour la gauche d'être d'une absolue clarté sur ces questions. Je ne crois pas, je ne crois plus à la possibilité d'un dialogue responsable et raisonnable avec
le pouvoir en place à ce sujet. Il a fait la démonstration, tout au long des années qui viennent de s'écouler, que pour lui ce n'était pas l'intérêt général qui primait, ou le devoir républicain
de recherche de sécurité, mais au contraire une volonté permanente de manipulation de l'opinion. Nous devons livrer une bataille intransigeante, face à ceux qui sont responsables de la situation
actuelle. Nous devons revendiquer notre rapport d'un droit à la sécurité pour tous et partout, respectueux des libertés individuelles et démocratiques, car l'un ne va pas sans les autres. Je n'ai
jamais cru à la thèse selon laquelle sur ces questions-là, quelles que soient nos arguments, nous serions toujours en position de faiblesse par rapport à la droite, frappés d'une tare congénitale
liée à notre volonté de prendre en compte les déterminants sociaux. C'est désormais au contraire sur ces questions que l'on attend une gauche offensive.
Julien Dray
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