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Lundi 18 août 2008
Lundi 18 août 2008 - Les echos
 
 

Le marché de l'emploi est en train de payer sa dépendance
croissante aux contrats précaires, et notamment au travai
temporaire. Lui qui avait contribué, pour un quart, aux créations d'emploi du premier
trimestre (+ 70.700 postes) a détruit pas moins de 45.200 postes au deuxième (- 6,8 %),
 entraînant dans sa chute le secteur tertiaire (- 0,1 %) et le marché du travail en général
(- 0,1 %), et ce pour la première fois depuis dix-huit trimestres. Laurent Wauquiez,
secrétaire d'Etat à l'Emploi, a assuré jeudi que ces chiffres ne constituaient pas une
« surprise »
et ne devaient pas aboutir au « catastrophisme ». La chute est, il est vrai,
contenue : la France a détruit 12.200 postes en l'espace de trois mois, ce qui permet de
maintenir une croissance de 1,1 % en rythme annuel, selon les chiffres publiés jeudi par
l'Insee.

Prévisions moins réalistes

Mais en plus de contraster avec le dynamisme de 2007 (352.000 créations de postes),
cette contre-performance n'augure rien de bon pour les trimestres qui viennent : « Les
destructions d'emploi dans l'intérim ne seront pas aussi massives au troisième
trimestre. Mais ce sont autant de contrats précaires qui ne seront jamais transformés
en CDI »
, souligne Mathieu Kaiser, économiste chez BNP Paribas.

Cela rend un peu moins réaliste les prévisions de l'Insee, qui table sur 193.000 créations
d'emploi cette année, soit plus de trois fois que les 58.500 observés au cours du premier
semestre. Estimé à 7,2 % au premier trimestre, le taux de chômage pourrait ainsi franchir
 à nouveau la barre de 7,5 %, voire de 8 %, redoute Marc Touati (Global Equities).
Après avoir longtemps fait de l'emploi une de ses principales réussites en matière
d'économie, le chef de l'Etat ne dispose plus d'aucun indicateur pour incarner le
« choc de confiance ». Le retour au plein-emploi, promis à l'horizon 2012, n'en paraît
que plus difficile à atteindre.

Reporter des réformes

Dans ce contexte, le gouvernement aura également bien du mal à justifier une contraction
 de 5 % du budget de l'emploi l'an prochain, et de 15 % d'ici à 2011. A l'heure des grands
 arbitrages budgétaires, les syndicats et l'opposition se montreront particulièrement
attentifs aux crédits alloués aux contrats aidés et à l'accompagnement des chômeurs.

Le calendrier des réformes risque de s'en trouver, lui aussi, un peu perturbé. Les
 partenaires sociaux disposent d'un argument de poids pour reporter, d'au moins quelques
 mois, le transfert d'une partie des cotisations chômage vers les caisses de retraite.
François Fillon a déjà annoncé une hausse de 0,3 % des cotisations vieillesse au 1er
janvier 2009. Le renforcement du contrôle des chômeurs, qui a fait l'objet d'une nouvelle
loi cet été, devra en outre être mis en oeuvre alors que les postes proposés par l'ANPE
se raréfient. La préoccupation du chômage, qui était passée au second plan derrière le
pouvoir d'achat, sera un thème d'actualité cet automne.

LUCIE ROBEQUAIN

JUAN CARLOS RODADO - ÉCONOMISTE SPÉCIALISTE DE L'EUROPE ÉMERGENTE CHEZ NATIXIS - GAËL SLIMAN - DIRECTEUR DE BVA OPINION

« Les chiffres qui viennent d'être publiés condamnent Nicolas Sarkozy à l'impopularité pour au moins six mois »
[ 18/08/08 ]

Le gouvernement fait sa rentrée politique au moment où tous
les indices économiques plongent dans le rouge. Cela explique-t-il
que Nicolas Sarkozy conserve une cote de popularité très basse ?

Indéniablement. Nicolas Sarkozy a été élu pour sa capacité à agir en matière
économique et sociale, c'est donc sur cela qu'il sera jugé. Tant qu'il ne marquera pas
des points sur la croissance et le pouvoir d'achat, sa popularité ne progressera pas. Je
pense même que les chiffres qui viennent d'être publiés le condamnent, sauf miracle ou
catastrophe (guerre), à l'impopularité pour au moins six mois. Sa seule marge de
manoeuvre est d'essayer de stabiliser, voire de remonter légèrement, sa cote et de
préparer au mieux un éventuel rebond.

Justement, le discours de Nicolas Sarkozy selon lequel il continue les réformes
pour être prêt au moment de la reprise est-il audible, dans la mesure où il semble
dire que la reprise ne dépend pas de lui mais de la conjoncture internationale ?

Cela n'a aucun écho dans l'opinion aujourd'hui. Mais stratégiquement, ce discours est
assez intelligent, car associé à un volontarisme qui lui est reconnu par tous, il lui
permettra de surfer sur la reprise dès qu'elle apparaîtra. Il aura alors beau jeu de dire
que ce sont ses réformes difficiles qui l'auront produite. Et là, à moyen ou long terme,
il pourra connaître un très fort rebond de popularité.

Les contraintes liées à la conjoncture ne font-elles pas passer les revendications
sur le pouvoir d'achat au second plan ?

Non, même si les Français ont intégré l'idée que le contexte économique retarderait toute
hausse de leur pouvoir d'achat. Mais cela reste la principale question sur laquelle ils
attendent une réponse. Ils estiment qu'ils ont eu le « travailler plus » : ils veulent
maintenant voir la couleur du « gagner plus ».

Imperceptiblement, le chef de l'Etat est venu à un discours plus rigoureux sur les
dépenses publiques, comment cela peut-il être perçu, d'autant que cela va se
traduire par des choix douloureux en termes d'effectifs, notamment dans
l'Education ?

Ces inflexions nouvelles ne sont pas vraiment entendues par l'opinion. En revanche, les
Français connaissent bien la volonté sarkozyenne de réduire le nombre de fonctionnaires.
 Ils y sont d'ailleurs depuis toujours largement hostiles. A fortiori dans l'Education
nationale qui est devenue, depuis un an, la nouvelle priorité absolue des Français,
nettement devant l'emploi : les enseignants sont très bien vus des parents et des élèves
(80 % de bonnes opinions) et ce secteur, comme celui de la santé, est celui où le moins
d'économies leur apparaissent possibles. Contrairement à la réforme des régimes
spéciaux (populaire), ce chantier est très dangereux, voire explosif.

La cérémonie d'ouverture des JO à Pékin et le voyage express en Russie et en
Géorgie, plutôt que l'enterrement du petit Valentin : Nicolas Sarkozy a privilégié
l'international cet été. Est-ce un bon choix en termes d'opinion ?

Oui, indéniablement : plutôt que d'être sur un registre compassionnel, il valait mieux aller
 sur quelque chose de lourd, symbolique de sa capacité à changer le cours des choses.
Aller en Géorgie et en Russie, c'était un moyen de dire aux Français : « Gardez la foi, en
Russie comme en France, j'entreprends, je réforme, et en France comme en Russie cela
finira par payer. » Mais ce ne sera valable qu'à deux conditions : que le conflit se règle et
que la médiation française ne donne pas l'impression d'avoir été partisane (prorusse).

Le PS entre dans une nouvelle zone de turbulence avec son congrès de novembre.
Est-ce que cela ouvre des opportunités pour la droite ?

C'est le vrai sujet : aujourd'hui, le PS et ses leaders sont totalement discrédités dans
l'opinion. Alors que le gouvernement et le président connaissent des records
d'impopularité, une majorité de Français ne pensent pas que le PS ferait mieux s'il était
au pouvoir ! En résumé, quelle que soit l'impopularité du président dans quatre ans, il
n'aura guère de mal à se faire réélire face à un PS sans vrai leadership et surtout sans
ligne directrice ou colonne vertébrale idéologique. Or les deux prétendants actuels les
mieux placés, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, ne semblent pas encore s'être forgé
leur doctrine économique et sociale (intervention de l'Etat ou libre jeu du marché ?).
Cette défaillance, si elle perdurait, serait encore le meilleur atout de la droite et de Nicolas
 Sarkozy, tant il est vrai qu'en politique l'important n'est pas d'être bon, mais d'être
meilleur ou moins mauvais que son adversaire.

PROPOS RECUEILLIS PAR CÉCILE CORNUDET

 

Bonus-malus : de nouvelles taxes et des coupons de réduction au programme de la
rentrée
[ 14/08/08 ] -

Après les voitures, le projet de loi de Finances devrait entériner l'extension du
« bonus-malus » à d'autres produits, sous une forme différente. Les discussions
vont bon train sur le choix des nouvelles cibles, entre les réfrigérateurs, les pneus,
les ampoules et les écrans plats.

L'idée est de créer une nouvelle taxe générale sur les activités polluante (TGAP) pour chaque famille de produits visée.

Changer le comportement d'achat des Français pour l'orienter vers
des produits moins gourmands en énergie sans que cela pèse sur le
budget de l'Etat. L'objectif du « bonus-malus » que s'apprête à valider
le projet de loi de Finances 2009 est ambitieux. Jean-Louis Borloo,
ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de
 l'Aménage- ment du territoire (Meedat), avait promis d'étendre le dispositif, déjà appliqué aux voitures, à une vingtaine de familles de produits de consommation.

Après d'intenses discussions ces dernières semaines, le ministre semble
avoir gagné sur un point : l'architecture du futur mécanisme passera par la création de
nouvelles taxes et la distribution de coupons de réduction. Mais le nombre de
bonus-malus resterait limité. Côté malus, les réflexions sont plus avancées. L'idée est de
créer une nouvelle taxe générale sur les activités polluante (TGAP) pour chaque famille de
 produits visée. Celle-ci sera payée directement par les industriels, libre à eux de reporter
ou non l'augmentation sur la facture. L'argent pourra alors être versé dans des fonds
d'aide à l'acquisition de produits plus vertueux. Appliquer une taxe aux industriels est
simple, distribuer de petites sommes à 60 millions de Français est plus complexe. « Il y
avait trois solutions : baisser les prix sur les étiquettes, modifier les codes-barres en
magasin, où distribuer un coupon de réduction
, souligne un proche du dossier. La
troisième est la plus simple et la moins chère car elle ne nécessite pas de modifier les
programmes informatiques. Il se distribue chaque année 7 milliards de coupons.
Distributeurs et sociétés gestionnaires (Scancoupon et Sogec dans l'Hexagone) savent
mener ce genre d'opérations pour quelques centimes. »
Ce week-end, Carrefour offre
un bon de réduction de 3 euros à chaque conducteur faisant le plein dans ses magasins.
Ce sera la même chose dans le cas des bonus environnementaux pour les petites sommes
 : le consommateur remettra le coupon à la caisse. Au-dessus de 10 ou 20 euros de
réduction, pour des raisons de sécurité, il devra renvoyer son coupon à la société
gestionnaire et recevra un chèque.

Frilosité de Bercy

Selon nos informations, l'extension du mécanisme ne se ferait pas directement sur 20
familles de produit, mais plutôt sur quelques-unes, le temps de constater si le système est
 équilibré financièrement. Ce qui n'a pas été le cas pour les voitures. Outre la frilosité de
Bercy, le choix des produits s'avère également très complexe techniquement. Faut-il
compter uniquement les émissions de CO2 ou inclure un critère de recyclage ? Peut-on
favoriser systématiquement les produits les plus chers (souvent les plus vertueux) ?

Si le secret est bien gardé autour des familles visées afin de ne pas déséquilibrer le
marché (les consommateurs pourraient décider de reporter leurs achats), certaines sont
aujourd'hui en tête de liste. Les réfrigérateurs devraient ainsi faire partie de la première
fournée. Avantage : les étiquettes sur la consommation d'énergie sont déjà affichées et il
existe de réelles différences entre les produits A++ (les moins gourmands) et ceux de
classe D. En revanche, les lave-linge ne présentent pas assez d'écart. Pour les
réfrigérateurs, il devrait donc y avoir une TGAP sur les plus gros consommateurs de
courant. Et un bonus de quelques dizaines d'euros (sous forme de coupon) sur les plus
sobres. Pour les « pneumatiques verts », qui ont également été audités, il faudra
attendre que la norme sur l'adhérence à la route soit fixée afin de pouvoir chiffrer le gain
sur la consommation de carburant. Parmi les autres produits cités figurent les ampoules
électriques. L'application d'un malus sur les ampoules à incandescence est presque
certaine. Celle d'un bonus sur les ampoules basse consommation l'est beaucoup moins
(l'avantage ne serait que de quelques centimes). Bercy estime d'ailleurs que les
comportements d'achat peuvent changer uniquement avec des malus. Quant aux écrans
plats, les discussions se poursuivent sur l'opportunité d'introduire ou non un bonus-malus,
 avec un inconvénient : les appareils les plus sobres sont souvent les plus difficiles à
recycler.

Une chose est sûre, ces bonus-malus ne permettront pas au gouvernement d'éviter le
sujet de la taxe carbone, réclamée par les défenseurs de l'environnement. Officiellement,
le gouvernement continue de plancher sur le sujet. Officieusement, certains considèrent
que le niveau élevé des prix du pétrole fait déjà office de contribution énergie climat et
qu'il serait très difficile de prendre une telle mesure en plein débat sur le pouvoir d'achat.

JULIE CHAUVEAU
Par EXCOFFIER - Publié dans : Actualité politique nationale
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Commentaires

areuh areuh areuh
Commentaire n°1 posté par st rom1 le 24/10/2009 à 20h49
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