LA POLITIQUE NATIONALE
L'ACTUALITE POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE D'ANNECY, DE L'AGGLOMERATION ANNECIENNE
ET DE LA HAUTE-SAVOIE
par Jean EXCOFFIER
Les analyses et opinions émises sur ce blog personnel n'engagent que moi.
jean_excoffier@yahoo.fr
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Nicolas Sarkozy avait visiblement bûché ses fiches en préparation de l'interview télévisée d'hier. Malheureusement pas assez. Il a accumulé bourdes statistiques, approximation et inconsistances. Nous les avons relevées et les rectifions.
Personne n'attend du président de la République qu'il soit une encyclopédie statistique ambulante ou qu'il connaisse dans les plus minutieux détails les dossier compliqués. Mais le volontarisme sarkozyste s'accompagne d'une certaine nonchalance factuelle. Les journalistes de Mediapart, qui ont passé leur soirée devant la télévision, pointent les bourdes qu'ils ont relevées et rétablissent la vérité. Si nous en avons manqué, n'hésitez pas à rajouter vos observations dans les commentaires.
Sans-papiers
« En 1997, il y a eu une régularisation globale (de sans-papiers). L'année suivante, c'était l'explosion des demandes de réfugiés politiques. On est passé à 82.000 demandes par an. »
Selon les statistiques de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), en 1998, on enregistre 21.416 demandes de réfugiés politiques.
« Il y a une loi. Cette loi s'applique à tout le monde. On ne devient pas français uniquement par ce qu'on a un travail dans la cuisine d'un restaurant...
La loi prévoit un certain nombre de critères pour devenir français. D'abord il faut le demander, ensuite il faut parler français, enfin il faut justifier soit d'un contrat de travail, soit d'un
minimum de ressources, plus un certain nombre de raisons...
Le journaliste, Yves Calvi : « Est-ce qu'il n'y a pas un moment où la fiche de paie de 2, 3, 4 ou 5 ans, vaut titre de séjour ? »
Réponse du Président : « Non, ou alors il faut que le Parlement vote une loi qui consiste à dire : toute personne qui a un contrat de travail en France a vocation à être français. C'est pas la
loi. Pour avoir vocation à être français. Pour être français, il faut signer un contrat d'intégration où on s'engage à respecter la loi, à apprendre le français, à avoir un logement... La
nationalité, la citoyenneté, ça obéit à des règles. »
Aucun travailleur sans papiers ou association de défense des sans-papiers ne demande la nationalité française. Légalement, il n'est pas possible de passer du
statut de sans-papiers à celui de citoyen français. Ce que les travailleurs étrangers en situation irrégulière demandent, c'est un titre de séjour.
Qu'elle soit volontaire ou non, cette confusion est significative selon Danièle Lochak [2], professeur de droit et vice-présidente de la
Ligue des droits de l'Homme.
Éducation
« Il y a des manifestations qui me demandent de créer des emplois » [dans l'Education nationale]
Lycéens et professeurs manifestent depuis plusieurs semaines pour protester contre la suppression de 11.200 postes d'enseignants à la rentrée 2008. Il s'agit à leurs yeux de « sauver »
l'existant, pas de réclamer toujours plus de moyens.
« A la sortie du primaire, il y a 15% des enfants qui ne savent maîtriser ni la lecture, ni l'écriture, ni le calcul. Ils sont fichus.»
Ces chiffres sont grosso modo exacts, mais il semble délicat de condamner a priori tous les élèves en grande difficulté et de céder au déterminisme scolaire. Le collège a multiplié les
dispositifs dérogatoires (classes Segpa, dispositifs relais, etc.) qui visent à « récupérer » les décrocheurs : si les résultats ne sont pas fantastiques, ils « repêchent » tout de même un
nombre de jeunes non négligeable. Se laisser aller à une telle caricature, c'est préparer les esprits à la restauration d'un examen à l'entrée en sixième : pourquoi ne pas filtrer, puisque la
scolarité des « mauvais » s'avère de toute façon « fichue » ?
Afghanistan
« Ouvrir un dialogue avec les talibans, honnêtement, je crois pas ! (...) Si c'est pour discuter avec cette équipe-là, je crois qu'on aurait pas grand-chose à se dire.»
Cette position est à l'opposé de ce qu'une partie des élus afghans et, de plus en plus, les commandements américain, britannique et hollandais envisagent. Dans le cadre du Programme afghan de réconciliation, des canaux de discussion commencent à s'ouvrir avec les talibans, afin de les faire rentrer dans le jeu politique. « Nous pensons que la solution du problème politique en Afghanistan se résoudra au travers de négociations avec ceux, chez les talibans, qui sont ouverts à des discussions », a récemment expliqué l'ancien président [5] et leader de l'opposition Burhanuddin Rabbani, qui a lui-même initié des contacts.
Chine/Darfour
« La Chine aide le monde dans la crise du Darfour pour éviter le drame, parce que la Chine est à peu près le seul pays qui est écouté des autorités soudanaises. »
Si la Chine est effectivement l'un des rares pays écoutés par les autorités soudanaises, c'est parce qu'elle fournit l'essentiel des armes [6]utilisées par le gouvernement pour mener ses opérations militaires au Darfour. En échange, la Chine exploite le pétrole soudanais, contrôlant 40% des parts de la principale compagnie pétrolière locale. À l'ONU, la Chine a systématiquement bloqué, brandissant la menace de son veto, toutes les résolutions du Conseil de sécurité visant à faire pression sur le gouvernement soudanais et à installer un système de sanctions économiques.
Hamas
«En tant que chef d'Etat, je ne dois pas parler au Hamas. Je ne peux pas parler à des gens qui ont appelé à rayer Israël de la carte.»
Ce sujet est problématique: le Mouvement de la résistance islamique bénéficie de la légitimité démocratique de sa victoire lors des élections législatives de 2006 (il dirige depuis lors le gouvernement palestinien). Mais il figure aussi sur les listes des organisations terroristes d'Israël, des Etats-Unis, de l'Union européenne, du Canada et du Japon. Par ailleurs, sa charte dit clairement qu'«Israël existe et continuera à exister jusqu'à ce que l'islam l'abroge comme il a abrogé ce qui l'a précédé». A ce compte-là, il faudrait également que la France cesse de traiter avec la Libye – après avoir longuement reçu son chef de l'Etat, Muammar Kadhafi en décembre 2007: l'ambassadeur adjoint de Libye à l'ONU, Ibrahim Dabbashi, a en effet affirmé, le matin même de l'entretien télévisé, que la situation à Gaza était «pire» que dans les camps de concentration nazis: «C'est pire que ce qui s'est passé dans les camps de concentration parce qu'il y a les bombardements, les bombes chaque jour à Gaza.» Nicolas Sarkozy a, par ailleurs, précisé son propos: «C'est M. Abou Mazen qu'il faut soutenir.» Il voulait parler de Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne. Abou Mazen est le nom qu'il prit lorsqu'il rejoignit l'OLP en 1961, son nom de chef de guerre (même s'il a plutôt incarné l'aile modéré de l'organisation).
Heures supplémentaires
« On a exonéré de cotisations sociales et d'impôts sur le revenu les heures supplémentaires. Et ça marche ! Dernier trimestre 2006 par rapport au
dernier trimestre 2007, c'est précis ! 28% d'heures supplémentaires en plus. Cela veut dire qu'un demi-million d'entreprises de France donnent des heures supplémentaires à 5 millions
de salariés qui en ont profité ? 5 milliards 500 millions d'euros de pouvoir d'achat ont ainsi été distribués aux Français (...) Quand il y a 5,5 milions de Français qui ont des
heures supplémentaires...
-C'est 50 euros par mois, réplique la journaliste de France3, Véronique Auger
-Nicolas Sarkozy : oui, mais 50 euros, ... d'abord c'est pas exact . Mais 50 euros par 5,5 millions de salariés ça fait de l'argent pour l'économie française.»
Nicolas Sarkozy a raison : les salariés qui ont bénéficié de l'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires n'ont pas gagné 50 euros de plus par mois. En fait, c'est moins. Comme Mediapart l'a démontré [7], le cadeau moyen ne dépasse pas 40 euros par mois, selon un calcul [8] réalisé par l'économiste Xavier Timbeau. Soit la moitié des 80 euros annoncés par Xavier Bertrand sur les plateaux télé le soir du deuxième tour des élections municipales... Mais la mystification présidentielle sur les heures sup' ne s'arrête pas là. Certes, entre le dernier trimestre 2006 et le dernier trimestre 2007, le nombre d'heures supplémentaires déclarées par les entreprises (...d'au moins 10 salariés, aurait dû rajouter le président pour être précis, ce qui est important car les plus petites entreprises sont pour l'instant très en-dehors du dispositif), a augmenté de 28,3%. Mais
1/ cela ne veut pas dire qu'il fonctionne, car, comme le prouve une note confidentielle que nous avons publiée, « une part importante » de cette hausse est due à des effets d'aubaine : l'Etat paie des heures supplémentaires que les entreprises payaient déjà à leurs salariés.
2/ il est faux d'affirmer que 5,5 milliards d'euros de pouvoir d'achat ont ainsi été distribués aux Français : 5,5 milliards d'euros, c'est, en réalité, le coût, d'ailleurs sous-estimé par le président du coût estimé de la mesure sur les [9]b [9]udgets 2007, 2008 et 2009 ! Si l'on reprend l'estimation de 40 euros de plus pour 5 millions de salariés, on peut estimer que, sur 6 mois, environ 1,2 milliard d'euros de pouvoir d'achat a été distribué à un tiers des actifs.
Assurance chômage
« J'ai demandé au gouvernement et j'y tiens beaucoup qu'il y ait un processus de sanctions pour un chômeur qui refuserait deux offres d'emploi correspondant à ses qualifications et à ses aspirations salariales. (...) Après avoir fusionné l'Anpe et l'Unedic pourque les demandeurs d'emploi n'aient qu'un seul interlocuteur, au bout de trois on serait obligé d'accepter un emploi qui représente 95% de son salaire, au bout de 6 mois on serait obligé d'accepter un emploi qui se trouve à moins d'une heure de transport en commun de l'endroit. (...) C'est un point essentiel, il était dans le projet présidentiel que les Français ont bien voulu adopter, il existe dans tous les pays au monde. Dans tous les pays au monde. »
Dans cette sortie présidentielle, beaucoup d'imprécisions et une erreur. Commençons par l'erreur : au contraire de ce qu'affirme Nicolas Sarkozy, la
dégressivité progressive des allocations chômage n'existe pas dans tous les pays du monde... ni même dans tous les pays européens. Sur 11 pays europééns passés en revue par l'Unedic à
l'été 2007, 5 ne prévoient tout simplement pas de dégressivité des allocations. Parmi eux le Danemark, souvent cité en exemple en France. « La personne licenciée part avec
l'assurance de toucher pendant 2 ans 90 % de son ancien salaire », rappelle la « Médiapartienne » Michele Iltis dans un commentaire à l'article [10] que nous avons consacré au sujet. « Ensuite dès le lendemain de son licenciement elle est encadrée totalement pour un bilan d'abord puis une formation
nouvelle ou un complément de formation. Résultat leur temps chômage est nettement inférieur à 6 mois. C'est cela qui est primordial : savoir que du jour au lendemain, les encours
seront assurés et la vie non bouleversée. Les Danois rebondissent ainsi de chômage à travail sans difficultés. » En France, de tels filets de sécurité n'ont pas encore vu le
jour.
Les imprécisions, ensuite. Visiblement, le gouvernement tâtonne sur cette question du contrôle des chômeurs, dont la négociation avec les syndicats débutera le 6 mai. A en croire le
Président, pendant les trois premiers mois, le critère pour juger de la validité d'une offre pourrait donc être le salaire...mais ce pourrait être l'éloignement du travail proposé
entre trois et six mois ? Pas évident à saisir. Interrogé par Les Echos [11], le secrétaire d'Etat à l'emploi Laurent Wauquiez ne s'est pas montré beaucoup plus clair : «
Concrètement, une offre «raisonnable» d'emploi (...) ça peut vouloir dire un job qui est à 30 km de chez vous. Ou encore, si vous étiez employé dans un garage Renault, un emploi
qui s'ouvre dans un garage Peugeot - je parle d'un exemple véridique ! ». Avec de telles lignes de conduite, les agents de la future agence pour l'emploi, résultat de la fusion
Anpe-Unedic, risquent de devoir prendre des décisions bien arbitraires...
Croissance française
« En 2008, ce sera la première fois depuis 10 ans que la croissance française sera supérieure à celle de l'Allemagne. »
Comme l'a noté le bloggeur Ceteris Paribus [12], depuis dix ans, la France a systématiquement eu une croissance supérieure à celle de l'Allemagne sauf ces deux dernières années.
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