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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 08:28
  
                                    
  ENTRETIEN AVEC  VICTOR HUGO

Vous semblez  vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard  portez-vous sur notre nouveau président  ?

Victor  Hugo : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué,  triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait  la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas.  Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est  que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on  lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid,  audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien  choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout  est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec  effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui  il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne  pouvant créer, il décrète.
 
Derrière cette  folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France,  telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême  ?

Victor  Hugo : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des  besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies  de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette  façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on  mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit  n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose  l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé  que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous,  prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un  puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France  n’y voit plus clair. Voilà un succès.
 
Que penser de  cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Cette volonté de  mener le pays comme on mène une grande entreprise  ?

Victor  Hugo : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la  banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent  si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la  honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi,  vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin  de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un  scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On  court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de  dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme…  C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le  pauvre prince d’industrie.

Et la liberté de la  presse dans tout çà ?

Victor  Hugo (pouffant de rire): Et la  liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de  prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de  tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la  nation, où est-elle ?

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Victor HUGO ne se livre pas à un exercice de voyance, les réponses proviennent de  son ouvrage « Napoléon le Petit », son pamphlet républicain contre Napoléon  III.

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