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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 11:08

 Lettre ouverte à Eric Besson

de la part de celui qui était assis à ses côtés dans l’hémicycle 

Paris, le 24 avril 2007

 

Cher Eric,

 J’avais appris avec tristesse ton départ du Parti Socialiste. Tu disais vouloir te retirer de la vie politique et tu annonçais que tu ne briguerais pas un nouveau mandat de député pour des raisons personnelles. Ce choix était ton choix, je le respectais sans partager les critiques que tu avais alors exprimées. Mais voilà que tes doutes sont devenus haine et que tu t’es même fendu d’un livre à charge contre Ségolène Royal, contre tes anciens camarades, contre ceux qui te faisaient confiance.

 Nous apprenons le soir du premier tour que tu rejoins Nicolas Sarkozy, celui-la même que tu as combattu pendant cinq ans à nos côtés. La trahison est amère. Comment en quelques semaines as-tu pu passer du statut de député socialiste et de secrétaire national du PS en charge de l’économie et de la fiscalité à celui d’animateur de la campagne de Nicolas Sarkozy ?

Tu ne trouves rien de mieux pour légitimer cette trahison qu’une nouvelle diatribe contre notre candidate que tu affubles une fois de plus de tous les défauts, de toutes les impuissances et de tous les dangers.  Est-ce là ton nouveau rôle au sein de l’UMP, tirer à vue sur le parti qui t’avait fait confiance ? En quelques semaines tu as abandonné tes valeurs de gauche pour désormais inviter «  au rassemblement républicain derrière Nicolas Sarkozy ». Quelle mascarade ! Quelle aigreur peut bien expliquer cette écoeurante et déloyale volte-face ?

 J’ai encore en mémoire tes interventions dans l’hémicycle souvent virulentes, toujours pertinentes contre Nicolas Sarkozy, je m’en souviens bien, j’étais assis à tes côtés. Ainsi le 21 octobre 2004 tu interpellais le candidat UMP alors ministre de l’économie et des finances. Tu ne mâchais pas tes mots :  « l’honneur d’un ministre est d’être au service de l’intérêt général, c’est à dire au service de tous ses concitoyens, et non pas de les dresser les uns contre les autres, comme vous ne le cessez de le faire ». Pouvoir d’achat, chômage, EDF SUEZ, affaire clearstream … autant d’interpellations souvent incisives dont tu as été l’auteur et dans lesquelles tu dénonçais à juste tire le bilan calamiteux du gouvernement sortant, ce bilan qu’aujourd’hui tu acceptes de le défendre en t’engageant pour le candidat sortant.

 Secrétaire national du PS tu es venu dans ma ville à Gonesse animer une réunion publique pour présenter le projet du PS pour 2007 il y a presque un an aujourd’hui. Tu avais alors dénoncé l’échec du gouvernement et tu avais défendu les propositions économiques des socialistes que tu portais alors … C’était avant ce reniement, c’était avant ce ralliement.

 Je reste perplexe lorsque je relis ta propre introduction au livre Les inquiétantes ruptures de M. Sarkozy.  Tu écrivais : « Nicolas Sarkozy est devenu une sorte de filiale française de la Bush Cie, un néo conservateur américain à passeport français ». Aujourd’hui tu affirmes que Nicolas Sarkozy est « le plus préparé et le plus qualifié » pour présider notre pays, que tu partages « son diagnostic et les réformes vigoureuses » qu’il préconise. Plus grave encore,  tu affirmais dans ce livre  «  Nicolas Sarkozy ne croit pas au modèle républicain d’intégration. […] le modèle que le patron de l’UMP a en tête est communautariste et confessionnel ». Tu prétends maintenant rejoindre Nicolas Sarkozy car « il s’agit de l’intérêt du pays » et qu’il a  « trouvé les mots pour appeler au rassemblement républicain » ?

 Quand je t’ai vu dans les bras de Nicolas Sarkozy à Dijon quelque peu mal à l’aise, je n’ai pu m’empêcher de penser aux 853 salariés de la société LSG – Gate Gourmet située en grande partie dans ma circonscription et en Seine et Marne qui venaient d’être licenciés ce même jour. Victimes du choix délibéré de la logique purement financière des actionnaires de l’entreprise, ils n’ont pas été protégés par la loi puisque la droite a remis en cause dès 2003 les articles de la loi de modernisation sociale relatifs aux licenciements économiques que nous avions ensemble votée lorsque la gauche était au pouvoir. Ils n’ont pas plus été protégés par le gouvernement, et en particulier par le ministre du budget Jean-François Copé qui au début du mois d’avril a pourtant reçu une délégation de salariés.

 Le monde de la politique est sans pitié, nous traversons tous des moments difficiles, nous subissons tous des attaques et parfois nous sommes découragés ou déçus. Mais quelles que soient tes raisons personnelles et peut-être les souffrances que tu as pu connaître, rien ne t’autorise à trahir ainsi les tiens. Tu prétends toujours être un homme de gauche « qui va soutenir et voter pour un homme qui se revendique de droite » mais ton attitude ne peut être comprise et ne peut qu’augmenter le discrédit des citoyens vis-à-vis de la politique au moment même où ils ont retrouvé massivement le chemin des urnes.

 Une très grande majorité de Français souhaite le changement et la rénovation politique, un Etat impartial, refuse les tensions dans les villes et les quartiers et met au cœur ses préoccupations l’emploi et le pouvoir d’achat.  Tu viens de te ranger aux côtés de ceux qui ont échoué pendant cinq ans. Le 6 mai, rassemblés autour du pacte présidentiel, l’espoir a pour nom Ségolène Royal.

 Eric, je ne voudrais pas être à ta place aujourd’hui, je ne pourrais pas me regarder en face.

                                                                                    Jean-Pierre Blazy,

Député (PS) du Val d’Oise,

Maire de Gonesse

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commentaires

Jean Michallon 27/04/2007 11:01

A ce propos ce matin :
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/250315.FR.php

Bernard Blin 26/04/2007 21:30

Que tout ça est fort bien dit!