Mercredi 30 mai 2007
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Hollande, dix ans et après...
LE MONDE POUR MATINPLUS | 30.05.07 | 07h28 * Mis à jour le 30.05.07 | 07h28
François Hollande a décidé de jeter l'éponge. Il a présidé, hier soir au Zénith à Paris, son dernier grand meeting parisien, pour des élections législatives, en tant que premier secrétaire du Parti
socialiste. Le 23 mai, le député et maire de Tulle (Corrèze), par ailleurs compagnon de Ségolène Royal, a confirmé qu'il ne serait pas candidat à sa propre succession, lors du prochain congrès du
PS, en principe en novembre 2008. Une façon pour lui de couper court au feu roulant de critiques venant des éléphants socialistes, Dominique Strauss-Kahn ayant même fait de lui " le principal
responsable " de la défaite présidentielle - la troisième pour le PS depuis 1995.
Si le congrès n'a lieu qu'en novembre 2008 - cela paraît peu probable : il sera probablement anticipé -, François Hollande sera resté onze ans à la tête du PS. Un record absolu. François Mitterrand
a exercé la fonction de premier secrétaire un peu moins de dix ans (juin 1971-janvier 1981), Lionel Jospin neuf ans, mais en deux fois (1981-1988 et 1995-1997) et Pierre Mauroy quatre ans
(1988-1992), les autres ne faisant que passer. En une décennie, François Hollande a fait du PS le parti dominant de la gauche, frôlant les 300 000 adhérents. Mais il a sauté la "case" rénovation et
doit aujourd'hui en payer le prix.
Rien ne prédisposait celui qui voyait dans le militant politique un "Sisyphe heureux", à devenir premier secrétaire. Quand en 1984, jeune militant de 30 ans, encarté au PS depuis 1980, il se lance
dans l'aventure des "transcourants" - qui fustigent ces courants politiques internes sans lesquels les socialistes ne se sentiraient pas eux-mêmes... -, il invite le parti à "en appeler au réel
bien plus qu'aux mythes". Quand, au début des années 90, député de Corrèze depuis 1988, il s'engage dans le club Témoin en vue d'une éventuelle candidature de Jacques Delors à l'Elysée, il se voit
plutôt ministre que chef de parti.
Mais en 1997, le président de la République Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale. Lionel Jospin gagne les élections législatives et se cherche un successeur. L'élu corrézien, alors
porte-parole du PS, n'a pas un profil jospiniste : il n'a jamais été dans son courant, il n'a soutenu que tièdement sa candidature à l'Elysée. Pourtant le Premier ministre le choisit, en expliquant
à ses fidèles : "C'est le meilleur, le plus brillant et le plus politique d'entre vous". Les militants l'élisent triomphalement, le 27 novembre 1997, au poste de premier secrétaire. Entre les
éléphants goguenards qui pensent n'en faire qu'une bouchée - "une fraise des bois" pour Laurent Fabius - et des militants qui goûtent vite sa convivialité et son humour, le nouveau chef s'impose,
en promettant une "rénovation idéologique" dont il délimite soigneusement les frontières : pas question de faire muter les socialistes en "libéraux de gauche" ou de copier Tony Blair.
C'est pourtant sur la rénovation idéologique que François Hollande a connu son principal échec. Nombre de socialistes y voient la première raison de la défaite de Ségolène Royal. Au congrès de
Dijon, en mai 2003, il avait ironisé sur les " bons esprits " qui somment le PS de faire son aggiornamento, répliquant qu'il avait prouvé sa " modernité " au pouvoir.
Si le reproche d'immobilisme idéologique est fondé, François Hollande a des circonstances atténuantes. De 1997 à 2002, il fait régner le consensus dans un PS obligé de cohabiter avec Chirac à
l'Elysée et avec... un gouvernement de gauche plurielle. Le premier secrétaire ne se borne pas à accompagner la politique de Lionel Jospin, il pèse souvent plus que les ministres. Et les succès
électoraux suivent. En 1999, la liste du PS que François Hollande conduit aux élections européennes arrive en tête (21,95 %), loin devant celle de Nicolas Sarkozy (12,82 %). En 2001, il est élu
maire de Tulle.
Après le séisme du 21 avril 2002, qui voit Jospin éliminé au premier tour de la présidentielle, Hollande parvient à sauver son poste et l'unité du PS, qu'il mène à une triple victoire en 2004, aux
élections régionales, cantonales et européennes. Enhardi, il fait voter les militants socialistes sur le projet de Constitution européenne : le "oui" frôle les 59 %. François Hollande se met à
croire à son destin présidentiel. La victoire du "non" au référendum du 29 mai 2005 met un terme à son rêve. La crise repart de plus belle. Ses opposants se déchaînent. Au congrès du Mans, en
novembre 2005, il l'emporte mais se résoud à une synthèse qui lui ferme la route de l'Elysée au profit de... sa compagne. On connaît la suite.
Sisyphe va rendre son tablier, mais il est bien décidé à ne pas disparaître du paysage de la gauche et à y mener d'autres combats.
Michel Noblecourt
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