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Actualité politique nationale

Mardi 22 mai 2007 2 22 /05 /2007 12:04

Les Français ne sont pas des paresseux ! 

Par Guillaume Duval , rédacteur en chef du mensuel Alternatives Economiques (www.alternatives-economiques.fr 

Il faut, parait-il, « réhabiliter la valeur travail ». Nicolas Sarkozy en a fait le thème central de sa campagne victorieuse. Il considère manifestement que la paresse actuelle des français est la cause principale des difficultés que rencontre le pays. Il s’agit là pourtant d’une contrevérité qui aurait du en bonne logique lui coûter l’élection tant le propos est insultant à l’égard des 22,5 millions de salariés, qui travaillent dur chaque jour, et des 2 millions de chômeurs, qui aimeraient pouvoir en faire autant. Les résultats de l’économie française ne sont pas, c’est vrai, toujours à la hauteur, mais c’est plutôt du côté des élites économiques dirigeantes qu’il faut en chercher les causes. Et les remèdes.  

Rien n’est plus faux en effet que ce préjugé tenace d’une France paresseuse : les salariés français figurent au contraire parmi les plus productifs au monde. Selon les chiffres du Bureau of Labor statistics, organisme officiel américain donc peu suspect de socialisme militant ou de francophilie excessive, un français qui occupe un emploi avait produit 71 900 dollars de richesses en moyenne au cours de l’année 2005. C’est certes moins que les 81 000 dollars produits par l’employé américain moyen mais significativement plus que les 64 100 dollars d’un anglais, les 59 100 des allemands ou encore les 56 300 dollars d’un japonais... Et même en matière de temps de travail, si Nicolas Sarkozy ne se contentait pas de répéter les poncifs que lui soufflent ses amis chefs d’entreprises, il saurait que les salariés français ne sont pas, et de très loin, ceux qui travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l’organisme statistique officiel de l’Union, un salarié français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine au troisième trimestre 2006. Contre 36,1 dans l’ex Union à 15. Les français travaillent presqu’aussi longtemps que les anglais, 36,5 heures, et significativement plus que les danois, 34,6 heures, dont le modèle social est si envié, ou encore que les allemands, 34,5 heures, pourtant champions du monde de l’exportation. Sans parler des néerlandais qui ne restent en moyenne que 29,8 heures au travail chaque semaine. Dans l’ex Europe à 15, c’est en Grèce, 39,9 Heures, et au Portugal, 39,2 Heures, qu’on travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce cela l’ambition de Nicolas Sarkozy pour l’économie française ?

Si, à niveau de richesses comparable, le chômage est plus important chez nous que chez nos voisins, c’est justement parce que ceux qui ont déjà un emploi sont particulièrement productifs. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la démarche des 35 heures était parfaitement censée. Et c’est pour la même raison, qu’en cherchant à allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, Nicolas Sarkozy ne ferait qu’aggraver le chômage. Quant aux chômeurs, soupçonnés de se complaire dans leur situation, il serait pourtant difficile de les pénaliser davantage qu’aujourd’hui afin de les obliger à trouver un emploi : les chômeurs français figurent déjà parmi les plus mal traités. En 2003, 10 des pays de l’ex Union à 15 dépensaient, en effet, davantage que la France pour indemniser leurs chômeurs, rapporté à leur PIB. Jusqu’à 2,7 fois plus par chômeur pour le Danemark ou les Pays Bas, mais aussi un peu plus pour le Portugal...  

Contrairement à ce que laisse entendre le nouveau président de la République, les salariés français ne sont donc pas des paresseux ni les chômeurs de l’Hexagone des profiteurs. Pour autant, il ne fait guère de doutes que les entreprises françaises rencontrent des difficultés importantes. Elles sont souvent à la peine sur les créneaux High tech en expansion et s’en sortent, en particulier, nettement moins bien sur le marché mondial que les entreprises allemandes. Et cela bien que le travail soit sensiblement plus cher Outre Rhin : 33 dollars de l’heure en 2005 pour un ouvrier de l’industrie contre 24,6 en France selon les chiffres du BLS. Si la paresse des salariés n’est pas en cause, ni le coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne seraient pas à chercher plutôt en priorité du côté de la tête des entreprises ? Du côté de la faible qualité de leurs dirigeants et de l’inefficacité de leurs modes de gestion ? Quand on observe, par exemple, le gigantesque gâchis que l’incurie d’un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d’un Noel Forgeard a provoqué au sein d’Airbus, on se dit en effet que c’est surtout au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de leurs habitudes de fonctionnement, que l’économie française aurait besoin d’une « rupture ». Mais évidemment il est plus naturel pour l’ancien maire de Neuilly, qui a recueilli un pourcentage record de 87 % des voix dans sa commune, de chercher à culpabiliser salariés et chômeurs plutôt que de bousculer ses amis patrons... 

 

 

Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Mardi 22 mai 2007 2 22 /05 /2007 17:21

Piero Fassino, secrétaire des Démocrates de gauche, explique dans un entretien au "Monde" les raisons de la recomposition de la gauche italienne.
 
Piero Fassino : "Le vieux schéma tripolaire droite, centre, gauche, ne fonctionne plus"
 
LE MONDE | 22.05.07 | 13h41  •  Mis à jour le 22.05.07 | 13h41

ssu de la fusion des deux principaux partis de centre gauche, les Démocrates de gauche (DS, héritiers du Parti communiste italien) et la Démocratie libérale-Marguerite (DL, héritiers de la Démocratie chrétienne), le Parti démocrate - une formation de type social-démocrate - doit voir le jour le 14 octobre, dans le cadre d'une assemblée constituante pour laquelle les dirigeants des deux formations comptent faire voter un million de sympathisants.


Quels sont les objectifs du Parti démocrate ?

Avec la coalition de l'Olivier, nous avons mis en route depuis douze ans, et plus particulièrement ces cinq dernières années, un processus d'unification de notre électorat qui a besoin d'être complété.

Le Parti démocrate entre dans le cadre d'une stratégie d'unité des forces réformistes qui s'est déjà réalisée dans L'Olivier et qui a été approuvée par les électeurs. Le deuxième objectif est d'amorcer une réorganisation du système politique à travers une réforme des partis. La réforme des institutions et celle de la loi électorale ne suffisent pas.

En Italie, nous en avons la preuve : l'adoption d'un système bipolaire majoritaire n'a pas mis fin à la culture proportionnelle. C'est pourquoi nous mettons en place une grande force politique qui a l'ambition de réunir plus de 30 % de l'électorat. Notre but est de dépasser la désespérante fragmentation politique qui caractérise le système italien.

Pourquoi le faire maintenant ?

Nous sommes à un moment où le pays a besoin de grands changements et de réformes profondes. Cela ne peut pas se faire seulement à travers le gouvernement. Pour conduire une phase de grande transformation, on a besoin de s'appuyer sur un grand parti politique. Aux Etats-Unis, Roosevelt l'a fait pour son New Deal, Adenauer en Allemagne après la guerre et de Gaulle au moment de créer la Ve République.

L'Italie d'aujourd'hui a besoin d'une grande formation de centre gauche qui soit le moteur du changement.

Sur quel projet idéologique repose cette gauche réformatrice ?

Le Parti démocrate est l'équivalent italien des grands partis sociaux-démocrates européens, en termes de culture, de programmes et de rôle. Sauf qu'on ne peut pas parler seulement de social-démocratie parce que, en Italie, il y a en plus l'apport d'une culture catholique progressiste.

Une constante italienne, c'est le catholicisme en politique. Pendant longtemps, les catholiques ont été représentés par un parti, la Démocratie chrétienne, qui avait une vertu : c'était un parti du centre qui regardait à gauche, c'est-à-dire qui a empêché que les catholiques deviennent la base d'une action conservatrice.

Depuis qu'il n'y a plus de parti catholique, la tentation est récurrente de greffer sur le monde catholique une politique de droite. Le Parti démocrate est aussi la réponse à ce problème : maintenir le monde catholique dans le camp progressiste.

L'avenir de la gauche en Europe est-il celui-ci, toujours plus au centre ?

Les élections des deux dernières années en Europe se sont jouées à un point ou un point et demi. Cela signifie que la compétition est de plus en plus centre-droit contre centre-gauche. Le vieux schéma tripolaire droite, centre, gauche, l'un cherchant à gagner contre les deux autres, ne fonctionne plus.

Même en France, l'hypothèse d'un Bayrou comme troisième pôle s'est révélée inexistante. Il doit choisir, être ici ou là. La gauche doit être capable de parler au centre et de le représenter. Le parti qui guide le front progressiste doit toujours être un grande formation de centre gauche. C'est ce qu'ont fait Tony Blair avec le Parti travailliste et Gerhard Schröder avec le SPD.

Votre expérience peut-elle servir de modèle pour le Parti socialiste français ?

Il n'y a pas de doute que l'élection présidentielle pose ce problème en France. Mais elle ne le pose pas seulement au PS. Il serait trop simple de dire que la gauche ne peut pas vivre sans une alliance avec le centre ; ce dernier doit aussi absolument s'allier. C'est tout le schéma qui a changé.

Il faut réorganiser le système politique en fonction de cette bipolarité nouvelle. Ce n'est pas un hasard si des dirigeants français comme Michel Rocard, Jacques Delors et Dominique Strauss-Kahn regardent avec intérêt notre expérience.

Partout, il faut une force pour conduire une alliance plus large car, en Europe, la bipolarisation n'est jamais un bipartisme.


Propos recueillis par Jean-Jacques Bozonnet
Article paru dans l'édition du 23.05.07



Point de vue
 
Bernard Kouchner, le mal est déjà fait, par Maurice Goldring
 
LE MONDE | 22.05.07 | 13h47  •  Mis à jour le 22.05.07 | 15h39

as de morale, s'il vous plaît. Faire de la politique, c'est aspirer au pouvoir. Ne critiquons pas Bernard Kouchner comme si nous partagions le point de vue de ceux qui souhaitent rester dans l'opposition pour l'éternité. Reconnaissons que, pour un militant socialiste, tout se passe à une vitesse vertigineuse. Les frontières semblent se brouiller. Roger Hanin vote Buffet au premier tour et Sarkozy au second. Max Gallo passe de Chevènement à Sarkozy. Hubert Védrine est contacté, Claude Allègre est en mission et Eric Besson "prospective". Je ne sais quel ennemi est à nos frontières qui exigerait un gouvernement d'union nationale.

Tous vertueux, prêts à servir la France, le peuple, dans la lignée de Clemenceau, de Gaulle, Guy Môquet. Il ne reste plus qu'un seul Grand Parti de France, qui regroupe droite et gauche. Bayrou a perdu une bataille mais il a gagné la guerre. Ses idées ont triomphé. Accepter ces arguments, c'est réduire une consultation nationale au statut d'élections locales. Dans une petite ville, on peut se mettre d'accord sur les grandes lignes d'une rénovation urbaine, sur la construction d'un tramway, l'entretien des locaux scolaires. Mais la France n'est pas un grand village, et Bernard Kouchner ne devient pas adjoint au maire chargé du jumelage des villes.

La France est l'une des grandes puissances mondiales. A ce titre, elle entre dans les grands conflits du monde, les grandes orientations. Elle noue des alliances. A l'échelle mondiale se mène une bataille acharnée pour la régulation du capital financier, du commerce international, des relations entre pays riches et pays pauvres, des batailles sur les prix des médicaments, sur les protections des productions des pays pauvres, sur la protection de l'environnement. Où se retrouve le président de la République, du côté des 4 × 4 ou des tramways, des logements sociaux ou des ventes à la découpe, du côté des frontières électrifiées ou d'un accueil généreux ? L'UMP, à l'échelle européenne, s'allie avec Berlusconi, Aznar, avec les forces conservatrices qui bataillent pour que l'Europe soit la moins régulée possible, pour qu'elle soit réduite à un marché, contre les partis sociaux-démocrates européens.

La social-démocratie doit se battre sur ce front-là, et c'est en se "social-démocratisant" que les partis socialistes peuvent être efficaces à l'échelle nationale et internationale. La décision de Bernard Kouchner fragilise cette orientation à l'intérieur de la gauche, elle renforce les conservatismes, elle donne raison à ceux qui pensent que la social-démocratisation du parti conduit à soutenir une politique de droite.

Or Bernard Kouchner, avec Michel Rocard et Daniel Cohn-Bendit, jouait un rôle moteur et important dans cette évolution. Il vient de sacrifier son capital d'influence en l'échangeant contre une rente de situation. La droite additionne les égoïsmes des grandes puissances et les frilosités des moins grandes. C'est dans ce camp que se situe le président aujourd'hui. "Si, un jour, la situation devenait inacceptable, je quitterais le gouvernement. Je compte pour cela sur la vigilance de mes amis", déclarait Bernard Kouchner le jour de son intronisation. Ce jour-là est venu. C'était hier.


Maurice Goldring est universitaire.
Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Jeudi 24 mai 2007 4 24 /05 /2007 08:48
Voici un lien pour une pétition en ligne (émanant de la  Confédération  Européenne des Syndicats alias CES) demandant la  défense et  la  reconnaissance des services publics au niveau européen :

http://www.petitionpublicservice.eu/PETITION-POUR-DES-SERVICES-PUBLICS

Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Jeudi 24 mai 2007 4 24 /05 /2007 13:32
 STRATEGIE DE LA DETTE, ou comment la droite organise le retrait de l'Etat
 

 

Selon le projet de loi de finances pour 2007, la gestion de la dette publique représente cette année une dépense de 39,2 milliards soit 15 % des dépenses du budget de l'Etat contre 10 % en 1990.
Le rapport commandé par Thierry Breton à Michel Pébereau, président d'une commission rassemblant des économistes de tous horizons, de droite et de gauche, a établi un constat qui fait l'unanimité et affirmé la nécessité de " Rompre avec la facilité de la dette publique pour renforcer notre croissance économique et notre cohésion sociale" (pour lire ce rapport: http://www.amipublic.com/rapportdette.pdf).
En effet, dans un pays comme la France, la charge d'intérêts de la dette versés chaque année aux rentiers et aux intermédiaires financiers représente l'équivalent du budget de l'Education nationale (Thomas Piketty). Aussi le rapport Pébereau affirme-t-il que " remettre en ordre nos finances publiques en maîtrisant nos dépenses et en les orientant mieux doit donc être notre objectif pour les 5 prochaines années."
Ségolène Royal, consciente de la nécessité de réduire le poids de la dette, qui fait qu'une part croissante des impôts des Français sert à payer les intérêts et à rembourser les dépenses passées, en avait fait un objectif dès le discours de Villepinte de février 2007. Le choix de la gauche est bien de préparer l'avenir, par la recherche, l'éducation, l'excellence environnementale, tout en poursuivant la réduction de la dette .
Sarkozy, alors candidat, filait au contraire le thème d'une gauche incompétente en matière d'économie et seulement capable de creuser les déficits par l'augmentation inconsidére des dépenses... Rappelons seulement que le passage de Sarkozy au ministère du budget sous le gouvernement Balladur fut la période, au cours des vingt dernières années, pendant laquelle la dette publique connut sa progression la plus rapide: entre 1993 et 1995 la dette a augmenté de 121 milliards d'euros.
Et que fait aujourd'hui la droite au pouvoir, qui prétendait hier s'attaquer au problème de la dette ? Eric Woerth, le nouveau ministre du budget, vient d'annoncer " une pause dans la baisse des déficits". Les multiples cadeaux fiscaux correspondant à cette pause - déduction des intérêts d'emprunt pour l'achat de la résidence principale, suppression des droits de succession...- sont autant de dépenses qui devront être financées. Or le Gouvernement ne peut avoir aucune assurance sur les gains qu'il entend tirer des "gains de productivité dans la dépense publique".
Ce qui réapparaît aujourd'hui, c'est donc bien la stratégie de la dette. Comme l'explique Thomas Piketty, " à une époque où les dépenses publiques ont atteint ou dépassé 40 %-50 % du PIB dans la plupart des pays, l'endettement public est devenu une stratégie visant à réduire le poids de l'Etat, et non plus à l'accroître. Hier, on creusait les déficits en augmentant les dépenses. Aujourd'hui, on les creuse en réduisant les impôts, de façon à contraindre les gouvernements futurs à sabrer dans les dépenses."
"Cette nouvelle stratégie a été inaugurée en fanfare par Reagan dans les années 80, et elle se poursuit actuellement sous Bush. Au cours des années 90, les démocrates avaient accumulé des excédents budgétaires afin de garantir le financement à long terme du système public de retraites. Ces excédents sont aujourd'hui dilapidés par les républicains, qui, en abaissant massivement les impôts (essentiellement pour les plus fortunés) et en creusant les déficits, espèrent remettre en cause la viabilité du maigre welfare state américain ."
La droite française applique aujourd'hui la stratégie américaine, pour "libérer" les forces du marché, en remettant en cause les politiques qui apportent une sécurité minimale aux plus faibles, mais en faisant des cadeaux fiscaux aux plus riches... On ne saurait pourtant préparer l'avenir en construisant une économie de la rente.
 
SOLON
Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Jeudi 24 mai 2007 4 24 /05 /2007 13:38
L'hyper-président dirige aussi les médias    
 
 
 
 
 
 
 
 
23-05-2007
L'hyper-président dirige aussi les médiasLa nomination à la direction de TF1 de Laurent Solly, ancien membre du cabinet de campagne de Nicolas Sarkozy, est choquante. Elle rappelle les relations incestueuses que le président de la République entretient avec les médias et met en lumière la façon dont il entend diriger le pays avec des médias acquis à sa cause sinon à son service.

Les liens de Nicolas Sarkozy et de Martin Bouygues ne peuvent en aucun cas servir d'alibi à une désignation " politique ". Celle-ci va accroître les soupçons de mise au pas de l'information dans une chaîne déjà largement suspecte d'avoir fait la promotion du candidat de la droite ultralibérale.

Que vont devenir les journalistes de la première chaîne de télévision d'Europe qui entendent travailler en conscience ? Devront-ils subir des cas de censure comme dans le groupe Lagardère ?

C'est encore un épisode peu glorieux des relations de connivence qui unissent la droite au pouvoir et les milieux patronaux qui vient de s'écrire à TF1.

Investi depuis quelques jours seulement, Nicolas Sarkozy fait la démonstration qu'il est d'abord le représentant d'une caste, celle des nantis, c'est-à-dire celle des Bouygues, Lagardère, Bolloré, Pinault, Arnault, Minc, avant d'être le président de tous les Français comme ses actions de communication cherchent à le faire croire.

Les résistances sont cependant possibles. En effet, que Jean-Marie Colombani ait été recalé par les journalistes du Monde a aussi une signification politique et pas seulement économique.
Alain Minc, sarkozyste idolâtre, était monté au créneau la veille dans les colonnes des Echos pour défendre la candidature de son ami Colombani. Cette défaite est aussi la sienne ; elle démontre les capacités de résistance des journalistes au sein du quotidien parfois présenté comme le journal de référence.

Le SNJ-CGT souhaite que se poursuive ce sursaut citoyen de journalistes pour que les médias retrouvent liberté et indépendance, pour qu'ils remplissent leur mission d'intérêt public vis-à-vis des citoyens et cessent d'être au service d'une caste politique et d'une oligarchie fortunée omnipotentes et omniprésentes.

[Communiqué SNJ-CGT]

Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Samedi 26 mai 2007 6 26 /05 /2007 10:07

Marcel Gauchet : << la revanche du réel >>

 

24/05/2007 - Propos recueillis par Élisabeth Lévy - © Le Point

Pour le philosophe et historien Marcel Gauchet, la présidentielle est une << revanche du réel >>. Les électeurs ont manifesté leur désir intact de politique et veulent que la France se mette à l'heure du monde tout en gardant son identité. Une mission historique qui ne peut, avertit-il, être confié à des dirigeants qui méprisent les citoyens.

Le Point : On pensait que les Français ne croyaient plus à la chose publique et que l'élection se résumerait à une sorte de << Star Academy >>. L'intérêt suscité par la campagne infirme-t-il ce sombre diagnostic ?

Marcel Gauchet : La première leçon de cette élection fondée sur la personnalisation, sur l'inflation du << je >> et de l'individualité est que les Français continuent à croire en la politique. On peut saluer les principaux candidats pour avoir joué une partition intéressante. Et souhaiter bonne chance au vainqueur.

Mais jamais des candidats n'avaient aussi ouvertement misé sur la communication et l'image.

La communication n'exclut pas la politique. Dans le cas précis, elle a même fonctionné comme un activateur de politique. De ce point de vue, les deux candidats étaient sur la même ligne de départ. Tous deux ont compris qu'un certain type de discours politique avait perdu toute espèce d'autorité. A partir de ce constat, ils ont suivi deux démarches différentes. Nicolas Sarkozy a proposé une politique d'offre en parlant comme les gens. Ce langage, proche des préoccupations familières de la population, a eu un effet cathartique auprès de l'électorat protestataire qui ne se reconnaissait pas dans la scène politique officielle. Il lui a permis de franchir les frontières de l'extrême droite mais aussi d'une partie de la gauche. << Mon langage est le vôtre >> : au service d'une certaine exigence de proximité, la communication a fait la différence avec le style compassé, artificiel, langue de bois, bien-pensant dont Chirac était spécialiste. De son côté, Ségolène Royal a parlé le langage de la demande : << Dites-moi ce que vous voulez entendre et je le dirai. >> En dépit du fait qu'elle a séduit, suscité un grand intérêt, c'est la proposition volontariste qui a eu du succès.

Du Fouquet's au << Paloma >>, les débuts de Nicolas Sarkozy ne reflètent pas vraiment une communication au service des << préoccupations familières des gens >>. A-t-il commis une erreur ?

Apparemment, cela n'a pas eu d'impact immédiat. Les Français sont concentrés pour le moment sur des échéances plus importantes à leurs yeux. Ils attendent pour juger.

On peut aussi se réjouir qu'il n'y ait pas eu de vote féminin malgré l'injonction cent fois réitérée de choisir une femme comme preuve de la modernité française.

Oui, les Français sont restés égaux à eux-mêmes. Une femme, pourquoi pas - et elle a été traitée avec déférence. Mais cela n'a pas été un élément déterminant du choix. La République est toujours bien là, dans les esprits.

La participation massive que bien des pays nous envient traduirait donc un désir de politique ?

Alors qu'il n'y avait pas eu de véritables élections depuis douze ans, cette échéance à haute teneur politique a été l'occasion d'une dramatisation sans drame. Les Français ont confusément senti qu'on avait changé d'époque. << On ne peut pas continuer comme avant >> : cette idée s'est imposée dans les têtes. Or, à tort ou à raison, les deux candidats apparaissaient comme nouveaux. Il est vrai qu'à 50 ans, pour la gérontocratie française, on sort de l'école maternelle : dans les critères de la culture locale, Royal et Sarkozy incarnaient une fraîcheur juvénile.

Cela fait pourtant des années qu'une partie des élites répète que le monde change pour convaincre les Français de renoncer à toute spécificité. Est-ce vraiment ce qu'ils souhaitent ?

Ils veulent que l'on mette la France à l'heure du monde mais en la gardant comme la France. Jusque-là, malgré la rhétorique de l'adaptation, les Français ont choisi d'ignorer la mue du monde engagée depuis les années 70, aidés en cela par une série d'illusionnistes. Giscard d'Estaing a usé de tout son zèle pour leur épargner les douleurs du monde en train de naître, d'où sa maxime favorite : << C'est vrai, mais il ne faut pas le dire. >> François Mitterrand a réussi à camoufler le sens de l'échec de la politique menée entre 1981 et 1983 et à faire passer la construction d'une Europe où la France était vouée à se dissoudre pour la réalisation du socialisme qu'on n'avait pas pu instaurer dans un seul pays : c'est ce que nos socialistes ont, avec une remarquable obstination, appelé l'Europe sociale. Avoir fait croire que l'adoption de la monnaie unique allait ouvrir sur ce paradis social représentait une performance inouïe. Quant à Chirac, il a maintenu le gaullisme dans ce qu'il a d'essentiel à ses yeux, la politique étrangère, et pour le reste, il pensait que son rôle était de faire du social, c'est-à-dire de continuer à épargner aux Français l'horrible vérité, notamment en passant son temps à dire le contraire de ce que faisait le gouvernement.

Du social et du moral...

Le politiquement correct était destiné à faire oublier le reste. Mais l'effet de dissimulation est épuisé. Le pays est prêt à chercher une version française du nouvel état du monde. Dans cette perspective, l'enjeu essentiel de cette élection n'était pas l'enjeu droite/gauche. La suite nous montrera le degré de sincérité de la conversion du président au discours qui a été le sien au cours des derniers mois.

Récusez-vous l'idée que ce scrutin traduirait la << droitisation >> de la société française ?

Le candidat de l'UMP a tenu un discours national, pas un discours de droite. C'est ce qui a attiré des électeurs habituellement à gauche qui ont voté contre le PS. C'est en cela que l'amateurisme de Ségolène Royal a pesé : beaucoup en ont conclu que, si elle gagnait, les caciques allaient gouverner. Elle n'était pas de taille à nous protéger d'un parti qui ne s'est pas guéri du mitterrandisme et se refuse à regarder la société telle qu'elle est. Le sens de cette élection est donc à la fois infra-politique - retour au réel - et métapolitique - au-delà du clivage droite-gauche.

On peut déjà s'interroger sur la cohérence entre le discours et les actes. En proposant le Quai d'Orsay à Védrine avant de le donner à Kouchner, le président n'a-t-il pas montré qu'il cherchait à faire des coups ? D'autre part, la personnalité de Kouchner est-elle compatible avec le discours néogaullien de la campagne ?

C'est ici que les limites de la com se révèlent. Du point de vue de la com, Védrine et Kouchner, c'est équivalent. Du point de vue de la pratique de gouvernement, c'est le contraire. Or il ne s'agit plus de faire campagne, mais de gouverner. Une tout autre affaire.

On a aussi beaucoup dit que la situation de la France était tellement catastrophique que cette élection était imperdable pour la gauche. N'exagère-t-on pas la gravité du mal ?

Quand on est vaguement malade et qu'il ne se trouve aucun médecin à l'horizon, on a le sentiment d'être mourant. En l'absence de recours, alors que les élites paraissent sourdes, muettes, aveugles, ailleurs pour les plus cyniques, incompétentes pour les autres, on tremble. D'où le besoin de politique. Le réflexe de protestation légitime qui semblait rendre ces élections imperdables pour les socialistes a été annulé par la perception de la réalité mondiale extérieure. Giscard d'Estaing a parlé d'une élection << tous volets fermés >>. Je dirais plutôt qu'elle a été intensément introvertie en ceci que les Français se demandent avant tout ce qu'ils vont devenir dans ce monde-là. Mais ils n'en ressentent pas moins le besoin impérieux de rompre avec le refus de voir, de savoir, de comprendre à l'oeuvre depuis vingt-cinq ans car ils savent qu'on ne peut pas couper à la mise à niveau. Or le PS n'a rien à dire sur le nouvel état du monde sinon que << ce n'est pas bien >>.

Seulement, depuis des années, quand on parle de réforme, les Français comprennent, et à raison, que les classes moyennes vont trinquer tandis qu'on laissera tranquilles les plus privilégiés. N'y a-t-il pas un problème de répartition des efforts demandés ? Après tout, ne faudrait-il pas faire un peu << payer les riches >> ?

Il n'y aurait rien de plus simple que d'ouvrir les frontières à tous les vents et d'accompagner la vandalisation générale, mais ce n'est pas du tout ce qui est demandé. Les réformes ont été refusées parce qu'elles étaient mal fichues et qu'elles semblaient à la fois inefficaces et inéquitables. Le problème est de trouver une méthode qui les rende convaincantes pour la majorité. Ce n'est pas à des gens qui méprisent les citoyens qu'il faut demander de conduire les réformes.

Il existe peut-être une réponse << de gauche >> à la mondialisation. N'est-ce pas le sens de la promesse sociale-démocrate formulée par Dominique Strauss-Kahn ?

A un niveau très global, le modèle européen se caractérise par l'existence de dispositifs de compensations sociales aux dégâts de l'économie et de la vie. Dans un sens plus spécifique, le coeur de la social-démocratie, c'est le fonctionnement de la vie publique autour de la négociation permanente des forces sociales. On ne voit pas très bien ce que cela peut signifier dans un pays où seuls 8 % des salariés sont syndiqués. Et je ne commenterai pas la proposition de Ségolène Royal de rendre obligatoire l'adhésion à un syndicat, qui est du niveau de son idée géniale de brigades de raccompagnement des femmes policiers.

Sans adhérer aux syndicats, les Français acceptent qu'ils soient les gestionnaires de certains dispositifs sociaux.

Peut-être, mais ils sont en position de faiblesse quand il s'agit de négocier les salaires ou les conditions de travail, notamment dans le privé. Surtout, on méconnaît l'ampleur des bouleversements que les social-démocraties du nord de l'Europe ont acceptés en vingt-cinq ans. Les pays érigés en modèles ont mis en oeuvre une réforme de l'Etat qui a tout d'une révolution. Or, sur ce point essentiel, la gauche française n'a rien à dire. En Suède, la fonction publique est aujourd'hui limitée aux fonctions régaliennes : armée, justice et police. Le contrat de travail d'un enseignant est le même que celui d'un employé de supermarché. Nombre de fonctions gouvernementales ont été déléguées à des agences indépendantes, les services publics (postes, transports) ont connu une privatisation à peu près totale. Imaginez le tollé qu'un projet de ce type déclencherait en France. Bref, les socialistes vendent du vent.

Dans ces conditions, le PS risque-t-il de connaître un lent déclin comparable à celui du PC ?

L'organisation classique du PS en courants idéologiques est obsolète. Conformément à sa sociologie, il va devenir un syndicat d'élus spécialisés dans les scrutins locaux et disposant de clientèles d'intérêt local. Dès lors qu'il est fondamentalement le parti du statu quo, il n'est pas compétitif pour l'élection présidentielle qui se joue toujours sur un projet de transformation. Les législatives risquent d'être un peu difficiles, mais les socialistes garderont un bon nombre de députés car ils font bien le boulot localement. Surtout, d'ici un an, ils bénéficieront d'une extraordinaire fenêtre de vulnérabilité : les municipales pourraient voir une sévère dérouillée du sarkozysme. Bref, le PS peut parfaitement être l'opposition de sa majesté et le gestionnaire des collectivités territoriales : un pouvoir considérable greffé sur une fonction publique territoriale nombreuse et en pleine croissance. Cela rend d'ailleurs parfaitement grotesque le mot d'ordre de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Au final, cette division politique des tâches qui installe les socialistes comme grand-duc de Bourgogne ou prince d'Aquitaine leur convient sans doute parfaitement.

Cela signifie-t-il que le clivage droite-gauche est désormais dépourvu de toute pertinence ?

Le clivage droite-gauche est très affaibli en termes de forces politiques, mais il demeure un repère dans la tête des gens. Ce qui a changé, c'est que la France s'est convertie au pluralisme : la guerre civile froide est terminée. Les appartenances monolithiques à un camp identifié au bien ou à la lumière n'ont plus cours. On peut très bien être de gauche en raison de l'orientation générale que l'on pense souhaitable pour la société et voter à droite. Les identités politiques n'ont pas disparu, mais on en fait un usage beaucoup plus libre. Sarkozy l'a parfaitement compris, d'où son << ouverture >>.

L'échec de la diabolisation de Sarkozy est-il à mettre au compte de cette nouvelle donne ?

La diabolisation de Sarkozy, très bobo et très lyrique, reflétait une certaine contradiction : pour les uns, il était facho ; pour les autres, dingo. En réalité, les trois principaux candidats suscitaient une certaine inquiétude quant à leur parfait équilibre psychique. Ségolène Royal est apparue comme une égolâtre, François Bayrou a semblé franchement mégalomane, et Nicolas Sarkozy donne l'impression d'être légèrement << agité du bocal >>. On redoute de le voir exploser quand il ne faudrait pas. Mais c'est comme le coup de boule de Zidane : cela témoigne de son humanité plutôt que de sa méchanceté. Il fait un peu peur, non pas parce qu'il va tous nous mettre au trou, mais parce qu'il est capable de << péter les plombs >>.

Reste que les bons sentiments ont toujours cours, notamment en matière d'immigration, une certaine gauche dite morale continuant à réclamer l'ouverture des frontières.

Ceux qui tiennent ce discours sont en mesure de se faire entendre, ce qui lui confère un rôle social important. Mais il n'intimide plus personne. Il y a aujourd'hui un refus général de l'angélisme et des bons sentiments. L'affaire de la gare du Nord a été un moment-clé car elle a cristallisé le report des voix frontistes sur Nicolas Sarkozy. La fraude est l'expérience la plus familière des gens qui prennent le RER ou le train de banlieue, alors on n'allait pas les apitoyer en leur expliquant, ainsi que l'a fait le PS, que le coupable n'avait pas été arrêté vingt et une fois mais seulement sept. En tenant des discours déconnectés de la réalité, les élites ont perdu toute autorité et ouvert un boulevard à Nicolas Sarkozy.

Revenons sur l'idée d'un triomphe des valeurs << de droite >>. Après s'être laissé déposséder de la nation avant-hier et de la sécurité hier, la gauche a-t-elle renoncé au travail ?

J'ai sous les yeux une étude publiée par L'Humanité . Quand on demande aux sympathisants de gauche quels termes représentent quelque chose de positif à leurs yeux, le travail arrive en troisième place (80 %), après la culture et le progrès. Seuls des gens issus de la méritocratie républicaine la plus dure du monde et travaillant eux-mêmes 60 heures par semaine peuvent mépriser à ce point le travail et le mérite. Dans les profondeurs du pays, le problème des gens est d'avoir un travail, pas de travailler moins. Tout le monde sait bien que c'est à travers le travail qu'on construit sa liberté. Je ne vois pas là la moindre droitisation.

A gauche, on réplique que Nicolas Sarkozy jette l'opprobre sur les chômeurs, taxés de paresse. Il s'est en tout cas insurgé contre un certain assistanat.

Personne n'a prétendu que les chômeurs étaient tous des paresseux. En dehors du 6e arrondissement, toute la société française sait que les incitations à reprendre un emploi pour les chômeurs sont anormalement faibles et que les vrais damnés de la terre sont les travailleurs pauvres qui bossent mais gagnent moins que ceux qui cumulent diverses allocations. L'une des missions historiques d'une gauche sensée aurait été de remettre à plat tout le système de protection qui aboutit de fait à dévaluer le travail, au lieu de quoi on a observé la dérive du système d'assistance que les socialistes ont promu de façon irresponsable.

En tout cas, le président va devoir affronter les contradictions internes de sa base sociale. Va-t-il être ultralibéral ou protecteur, atlantiste ou gaulliste ?

Les deux partis vont avoir de sérieux problèmes avec leur base. Le PS représente l'alliance contre nature des bobos des centres-villes et des assistés des périphéries ; ce mélange n'a pas vraiment réussi au Parti démocrate américain. Quant à Sarkozy, << élu du CAC 40 >>, il est aussi celui de 49 % des employés et de 46 % des ouvriers. En fait, il va devoir gérer les contradictions entre les intérêts de trois clientèles : les élites mondialisées pressées de passer au libéralisme << comme tout le monde >>, les gens << d'en bas >> qui attendent d'abord une protection dans leur quotidien, et enfin les classes moyennes qui espèrent le maintien de leur position, sans doute le plus difficile à réaliser dans le contexte de la mondialisation. Et toutes ces familles sont traversées par la contradiction entre libéralisme et identité nationale. Nicolas Sarkozy est le seul à avoir parlé de protectionnisme européen, mais ce ne sera pas simple de faire avaler cette idée à Alain Minc.

Cette campagne a peut-être marqué la fin d'une autre exception française, celle qui protégeait la vie privée des responsables politiques. On peut s'en désoler, mais peut-on y échapper ?

On ne reviendra pas en arrière. C'est la rançon de la conjonction entre proximité et personnalisation. Tout le monde se fichait des relations entre le général de Gaulle et son épouse, car c'était l'acteur de l'Histoire qui intéressait. Mais Nicolas Sarkozy n'a pas joué le moindre rôle historique. Pour comprendre la logique du type qui gouverne, il reste la personne privée. De plus, dans un contexte d'émancipation des femmes, la personne avec qui vit un responsable a de l'importance. Dès lors qu'il n'y a ni grandes doctrines ni circonstances historiques exigeant des héros, il faut se résigner à la curiosité du public pour la vie domestique de ses dirigeants. Maintenant, il existe différentes façons de gérer cette curiosité.

Finalement, les Français valent-ils mieux que leurs élites ?

C'est ma conviction depuis longtemps. Pascal a tout dit sur la question : les demi-habiles qui se croient malins se prennent les pieds dans leurs subtilités tandis que le peuple, qui ne sait pas tout, ne se trompe pas sur l'essentiel. La politique est restée pascalienne et c'est assez rassurant

Repères

1946 Naissance à Poilley (Manche)

Depuis 1980 Rédacteur en chef de la revue << Le Débat >> (avec Pierre Nora et Krzysztof Pomian)

1980 << La pratique de l'esprit humain >> (réédition à paraître en septembre chez Gallimard, collection << Tel >>)

1985 << Le désenchantement du monde >> (Gallimard)

Depuis 1989 Directeur d'études à l'EHESS

2006 << La condition politique >> (Gallimard, collection << Tel >>) 


Et pour continuer le débat

 
Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Samedi 26 mai 2007 6 26 /05 /2007 10:15

DISCOURS DE FRANCOIS HOLLANDE

ELECTIONS LEGISLATIVES - BORDEAUX

MERCREDI 23 MAI 2007

 

 

 

Chers Amis,

 

J’ai plusieurs raisons fortes d’être parmi vous, en tant que Premier secrétaire, à Bordeaux. La première est pour saluer le résultat de Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle en Gironde. Si tous les départements français avaient fait aussi bien, cela aurait un autre visage, convenons-en ! La deuxième est que nous sommes pris par l’esprit de conquête. Si nous sommes rassemblés ce soir, ce n’est pas simplement pour garder nos 5 circonscriptions –même s’il faut se battre pour les garder-, mais c’est aussi pour en conquérir d’autres car, il y en a d’autres, en Gironde, à gagner. Et, si j’en cite une parmi d’autres –il ne faut pas y voir malice-, c’est bien parce que nous voulons, au-delà de la parité, limiter le cumul des mandats ; il nous paraît très important que Michèle Delaunay puisse être la prochaine députée de Bordeaux. Nous ne voulons pas de mal à Alain Juppé, mais nous voulons tout simplement qu’il ne soit pas trop accaparé : maire de bordeaux depuis peu, Ministre du développement durable… tout un programme ! Et maintenant, candidat député. Non ! Nous allons y mettre bon ordre, un ordre juste, et ce sera Michèle Delaunay qui vous représentera.

 

Je viens ici, au-delà de Bordeaux et de la Gironde, lancer un double appel à tous les Français qui se sont exprimés –et de quelle façon- au second tour de l’élection présidentielle, qui ont espéré, qui ont cru en la victoire de Ségolène Royal : il faut de nouveau venir voter aux élections législatives des 10 et 17 juin ; il faut que la mobilisation soit forte. Je sais que nous avons pu éprouver de la déception, de la colère, de la frustration parce que nous méritions sûrement d’accéder à la Présidence de la République. Nous avons été fiers dans cette campagne d’être ainsi partie prenante, mobilisés autour de Ségolène Royal. Mais, en même temps, nous ne referons pas l’élection présidentielle dans les élections législatives. Ce n’est pas le troisième tour. L’enjeu est différent. Nous avons un nouveau Président de la République. Nous avons maintenant à élire une Assemblée nationale et, dans nos institutions, c’est la majorité à l’Assemblée nationale qui détermine et forme la politique de la France. Donc, selon nos votes dans les 577 circonscriptions, selon le nombre de députés de gauche ou de droite, nous aurons une politique de gauche ou une politique de droite. Nous ne voulons pas empiéter sur les responsabilités du Chef de l’Etat ; nous les respectons. Nous sommes soucieux de la légitimité qui sort du suffrage ; mais, en même temps, un autre vote vient : il faudra le respecter.

 

L’enjeu de ces élections, c’est aussi de juger une majorité sortante. On finirait par l’oublier : depuis 2002, c’est bien la droite qui est au pouvoir. Elle nous ferait croire que Nicolas Sarkozy est une alternance ! C’est un changement ! NON. Changement de personnage, sans doute, de style, sûrement, de méthode, peut-être. Mais, c’est la même politique, d’une autre façon, qui va maintenant être appliquée si nous ne lui faisons pas barrage. Il faut donc d’abord juger, à travers les élections législatives, ceux qui ont dirigé le pays –et notamment ceux qui ont voté les lois et qui sont majoritaires depuis 2002. Le bilan de l’équipe sortante, de la majorité sortante doit être aussi jugé. Ce serait tout de même trop simple que ces députés sortants, ici en Gironde ou ailleurs, viennent nous dire qu’ils vont inventer une nouvelle politique, alors même qu’ils ont pendant 5 ans –François Fillon en étant d’ailleurs l’un des maîtres d’œuvre- fait voter des lois sur les retraites, sur l’assurance maladie, sur le droit du travail, sur le dialogue social ou plus exactement le non dialogue. Ils les ont fait voter ces lois et nous pouvons les juger aujourd’hui !

 

Le bilan, c’est aussi des chiffres : la croissance ? Elle est l’une des plus faibles d’Europe depuis 2002 ! Le chômage ? Il est l’un des plus élevés de la zone euro depuis 2002 et il ne baisse que dans les statistiques, et encore quand on ne les manipule pas ou quand on ne les renvoie pas à après les élections ! Le déficit public ? C’est l’un des plus élevés d’Europe ! Celui de la Sécurité Sociale ? Il représente 90 milliards cumulés depuis 2002 ! Le déficit commercial ? C’est un record dans notre histoire : 30 milliards d’euros –jamais les exportations n’ont été aussi fragiles et les importations si élevées ! Et que dire du pouvoir d’achat en berne depuis 2002 ! Dois-je ajouter les questions de sécurité qui n’ont pas été réglées, les violences urbaines qui apparaissent à chaque crispation de notre vie publique… Voilà le bilan dont cette majorité doit rendre compte.

 

Plutôt que de cela, ils veulent comme occulter la période des cinq années qui viennent de s’écouler. C’est François Fillon qui dit que, finalement, Jacques Chirac n’a rien fait pendant son mandat, sauf les réformes de F. Fillon. C’est tout de même un peu injuste pour J. Chirac, convenons-en. Même si je ne suis pas là pour le défendre ! Ils ne peuvent pas dire qu’ils représentent une rupture, puisque ce sont les mêmes qui sont au gouvernement ; ce sont les mêmes candidats qui sont souvent sortants dans les circonscriptions qui se présentent au suffrage.

 

Il faut donc être clair, il faut être cohérent. D’abord pour ceux qui ont voté Ségolène Royal à l’élection présidentielle : il faut venir voter pour les candidates et les candidats socialistes aux élections législatives. Et même celles et ceux qui n’ont pas voté Ségolène Royal au second tour, nous devons leur donner des raisons, circonscription par circonscription, parce que c’est notre rôle, de faire confiance aux députés de gauche.

 

 

 

L’enjeu est grave, l’enjeu est important pour notre pays. Il faut prendre les élections au niveau qui convient. Tout est fait, en ce moment, pour décourager le vote, tout est fait pour déconsidérer l’enjeu en nous expliquant que, finalement, il faut faire comme pour l’élection présidentielle. Tout est fait pour dévaluer l’adversaire : la gauche a perdu l’élection présidentielle, la gauche perdra donc les élections législatives ! C’est normal. NON ! Nous ne sommes pas d’accord avec ce plan. Nous considérons que nous avons le respect du suffrage, qu’il y a là un enjeu qui est celui de l’avenir de notre pays et que nous avons, de nouveau, à proposer des orientations qui peuvent donner de l’espoir, du sens, de la création de richesses parce qu’il faut de la croissance si l’on veut la répartir. Il faut de l’emploi car il ne s’agit pas de travailler plus, mais de travailler tous. Il faut des entreprises performantes, capables d’exporter, capable aussi d’embaucher. Il faut une fiscalité qui soit incitative pour celles et ceux qui préparent l’avenir et en même temps plus juste par rapport à celles et ceux qui vivent de la rente.

 

Voilà pourquoi, nous devons dans cette campagne faire valoir nos idées, nos réflexions, nos propositions. On prétend que nous n’avons pas d’idées à donner. Nous leur dirons autant de fois qu’il est nécessaire que lorsque des Français sont convoqués à une élection, ils sont libres de déterminer leur avenir. C’est à nous de leur donner l’horizon, le sens, la perspective.

 

Je veux aussi mettre nos compatriotes en garde. Ils ne sont pas obligés d’attendre 2012. Il y a là le dernier rendez-vous électoral avant 2012. Je le dis à tous ceux qui sont tentés par le découragement, la résignation ou par le fatalisme. Puisque « 5 ans, c’est long ! », ils ont donc l’occasion, là, dans trois semaines, dès le premier tour, de pouvoir corriger, de pouvoir influencer, de pouvoir voter avant qu’il ne soit trop tard. C’est le dernier rendez-vous démocratique avant cinq ans. Il est vrai qu’après ce rendez-vous, même s’il y aura les élections municipales, cantonales et plus tard régionales et européennes, il n’y aura pas de rendez-vous national avant 2012. Il faut le dire à tous ceux qui s’interrogent sur le temps que cela va prendre d’avoir la droite au pouvoir. Ils peuvent dès maintenant empêcher la droite d’avoir tous les pouvoirs dans notre pays. Voilà l’enjeu.

 

Nous sommes à un moment crucial de notre République où le pouvoir en place veut tous les pouvoirs. Nous sommes sans doute dans  une forme dévoyée de la présidentialisation du régime. Jamais un homme n’a revendiqué autant de pouvoirs que Nicolas Sarkozy. Il ne veut pas simplement être Président. Il veut tout. Il a d’ailleurs choisi un Premier ministre qui lui permet aussi d’être Premier ministre. Mais, il veut aussi être Ministre, Ministre de tout, régenté tout, s’occuper de tout. Et il a une conception qui est un exercice plus que jamais solitaire, clanique du pouvoir, sans contrepartie, sans contre-pouvoir. Rien ne doit lui résister. Il doit décider de tout : de la nomination du dernier sous-préfet ou du premier ambassadeur… Tout doit lui revenir. Et, c’est comme cela qu’il a conçu y compris « l’Etat UMP » : pas besoin d’un président de l’UMP après lui, il sera aussi président de l’UMP.

 

Il ne veut pas simplement exercer ses activités de Président de la République –il en a la légitimité. Il considère qu’il n’y a plus de domaines réservés ; il y a des domaines exclusifs pour lui. Pas de domaines partagés, tout lui revient. Il veut bien sûr avoir la maîtrise du Sénat –c’est fait et depuis longtemps-, du Conseil constitutionnel –il lui est acquis-, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel chargé du pluralisme n’a pas de composition pluraliste lui-même ; Nicolas Sarkozy est capable de nommer à tous les emplois civils et militaires. Mais, ce n’est pas suffisant. Il veut aussi pouvoir nommer dans les groupements de presse et il envoie son chef de cabinet s’occuper de TF1. Mais ceci ne constitue pas en soi un changement ! Peut-être ! Mais il veut s’en assurer. Et que dire des pressions qui s’exercent dans d’autres groupes. Tout simplement parce que, pour eux, il existe une confusion des genres : le pouvoir politique, le pouvoir économique, le pouvoir financier, le pouvoir médiatique… Tout est confondu, tout revient vers les mêmes. On ne sait pas d’ailleurs qui tient qui, si ce sont les puissances d’argent qui tiennent ceux qui, aujourd’hui, dirigent ou si c’est le Président de la République qui essaye de contrôler ces puissances. Ce que l’on sait, cependant, c’est qu’ils portent, les uns les autres, les mêmes intérêts.

 

Il leur faudrait maintenant une Assemblée nationale à leur dévotion ! Ils y mettent d’ailleurs tous les moyens. D’abord parce qu’ils considèrent que le pouvoir est leur propriété. Le pouvoir est à eux. La gauche n’y vient que par effraction, presque par inadvertance, mais jamais par légitimité. Le pouvoir, pour eux, est à droite, toujours à droite. Il est donc leur propriété.

 

Il faut aussi qu’ils aient des instances qui soient dans le pouvoir. Le siège de campagne de l’UMP est désormais à Matignon : hier François Fillon tenait meeting dans les jardins de Matignon entouré des candidats de l’UMP. Il paraîtrait même que ce serait à l’Elysée que se situerait le siège de l’UMP… C’est possible. Et que Nicolas Sarkozy va même, pour ces élections législatives tenir meeting. Pour être bien sûr qu’il aura ce qu’il attend du suffrage, c’est-à-dire une majorité à sa dévotion, à sa main, une majorité soumise.

 

Voilà donc l’enjeu pour ce pouvoir : tout s’achète, tout se prend, tout est marchand. Les étiquettes politiques, cela s’arrache ! Les itinéraires, cela s’oublie ! Les réseaux, cela se prend ! Les amitiés, cela se capte ! Les consciences, cela s’achète ! C’est comme cela qu’ils ont constitué leur gouvernement, non pas un gouvernement d’ouverture, mais un gouvernement d’aventures individuelles ! L’objectif d’aujourd’hui, chacun doit le comprendre, est que Nicolas Sarkozy veut voir les mains libres, disposer de l’ensemble des leviers, dominer, soumettre, revendiquer légalement les pleins pouvoirs. Il y a donc danger pour l’équilibre de la République, pour le pluralisme des idées et même pour la cohésion sociale et nationale.

 

C’est donc le sens de notre campagne pour les élections législatives. C’est le premier enjeu : la France a besoin, à l’Assemblée nationale, de toutes ses forces, de toutes ses familles, de toutes ses sensibilités. Et la France a besoin de la gauche à l’Assemblée nationale. Majoritaire, si elle le peut ; dans l’opposition, si elle le doit. Mais, la gauche doit être forte à l’Assemblée nationale, non pas pour elle-même, mais pour agir et pour protéger les Français.

 

Nous sommes entrés, depuis le 6 mai 2007, dans une période un peu particulière, tout entière fondée sur la communication, voire même sur un plan de communication :

 

-         Le premier stade de ce plan est de rassurer avant les élections législatives. Nicolas Sarkozy nous dit donc, une nouvelle fois, qu’il a changé. Il l’avait dit au début de la campagne. Nous avions des doutes. Nous avions raison. Ensuite, il était le candidat de la droite décomplexée, celle qui voulait la rupture, celle qui voulait en terminer avec l’esprit de 1968 et peut-être même plus loin encore, celle qui revendiquait tous les suffrages, et même ceux venant de l’extrême droite –d’ailleurs ils sont venus.

Maintenant, devenu Président de la République, il nous dit encore, avant les élections législatives, qu’il a changé. Il n’est plus aussi de droite et il commencerait même à avoir quelques complexes… Ce qui, pour le connaître, me paraît exagéré. Il nous fait assaut de civilité, de rassemblement, d’amabilité ; il vient même se poser en gardien de nos mémoires et Guy Moquet –belle et tragique figure du communisme- arrive là comme référence  à un gouvernement et un Président de la République qui n’ont jamais été aussi conservateurs depuis la Libération !

Et il s’agit aussi de montrer qu’il n’est pas celui que l’on a prétendu qu’il était… et qu’il disait lui-même être ! En effet, nous n’avons rien caricaturé ; nous n’avons pas inventé le « Ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration », il est en place. Nous n’avons pas affirmé qu’il était le tenant d’une droite qui s’assumait comme telle… C’est lui qui le disait. C’est d’ailleurs toujours le cas.

 

-         Le deuxième stade de ce plan est de, après vouloir rassurer, humaniser avant les élections législatives. Il est humain. Il va manger dans les cantines ; il va même visiter un hôpital ; il rassemble des associations écologistes à l’Elysée, associations qu’il n’avait d’ailleurs jamais rencontré jusque-là, accompagné du candidat concurrent de Michèle Delaunay (c’est ainsi qu’il faut le nommer aujourd’hui).

Cette stratégie vise tout simplement à dire aux Français qu’il n’y aurait pas de risque, qu’il n’y aurait pas de danger, que tout ce ferait finalement sans rupture, sans casse, sans brutalité et qu’il faudrait avoir confiance. Mais, c’est après que tout va se produire.

 

-         Le troisième stade est de maquiller, en annonçant des intentions belles et bonnes : par exemple le travail. Mais qui peut être contre le travail ?! L’hôpital, mais qui peut être contre l’hôpital ?! L’effort, la récompense de l’effort, mais nous sommes tous favorables à cette récompense du mérite. Mais, il ne s’agit que de donner des intentions. On annonce un paquet fiscal pour l’été, sans nous en dire exactement la teneur, même si on sait déjà que c’est un bon paquet pour quelques-uns et assez lourd pour ceux qui le paieront, c’est-à-dire pour le plus grand nombre. On nous parle de réforme de l’université en juillet, sans nous dire exactement laquelle. On nous dit qu’il y aura le service minimum, sans nous dire que cela pourrait tout simplement remettre en cause le droit de grève. On nous dit que l’on va faire un contrat unique de travail, sans nous dire que ce sera sans doute la généralisation du CNE ou du CPE.

 

Quand on se trouve donc devant cette stratégie qui vise à adoucir, à humaniser, à maquiller, il est de notre devoir d’alerter les Français et de leur dire que ce qui est, là, en cause, c’est une préparation de décisions qui viendront après les élections législatives. Ils ne perdront pas de temps. Le rôle dans la préparation de cette campagne pour les élections législatives est de dire la vérité aux Français. Attention, le risque est là et il porte à la fois sur le pacte social sur lequel notre société est fondée et sur le pacte républicain.

 

Face à cette menace, face à cet enjeu, le Parti socialiste est la seule force en présence, la seule force qui peut à la fois en capacité d’agir et en capacité de protéger.

 

Je sais que beaucoup de nos concitoyens ont été déçus le 6 mai dernier, tant l’espoir fut grand. Je sais que beaucoup ont été désarçonnés par des comportements individuels, venus parfois de nos rangs. Je sais que beaucoup ont été irrités par le retour de débats qui n’avaient pas lieu d’être en cette période, mais qui auront leur place après les élections législatives. Je sais aussi que les électeurs de gauche sont inquiets et qu’ils nous demandent d’être au rendez-vous.

 

Nous y serons si vous le voulez bien, si vous vous engagez, si vous vous mobilisez dans cette campagne. Nous avons un devoir qui dépasse même notre engagement. C’est trop important pour le pays, trop grave que d’avoir un pouvoir qui voudrait tout démanteler, tout déstructurer, tout déconstruire dans le pacte social, dans le pacte républicain. On nous dira que c’est pour la compétitivité des entreprises, la belle affaire ! On nous dira que c’est pour les performances de l’économie française, où en est-elle ! On nous dira que c’est pour la mobilité, la flexibilité, et on découvrira que c’est une société de précarité que l’on nous prépare à vivre.

 

C’est ce destin-là qu’il nous faut refuser. C’est cette fatalité-là qu’il faut par ce vote récuser. Et c’est l’espoir d’une autre société, celle dont nous sommes porteurs, qu’il faut maintenant qu’il est possible de construire.

 

C’est à nous de donner du sens, de l’utilité du vote. C’est ce qu’il nous faut faire tout au long de ces trois semaines : montrer à chacun qu’il est non seulement nécessaire, mais utile de voter. Non pas voter pour nous pour nous permettre de continuer notre combat. Les Français nous regardent, mais peuvent douter de nos intentions.

 

Il faut dire aux Français que par le vote socialiste, ce sont eux qui peuvent se protéger et agir.

 

Car, c’est un choix de politiques qui va se décider au moment des élections législatives. Deux conceptions de la sortie de crise, celle que nous traversons depuis trop longtemps : la sortie individuelle que proposent Nicolas Sarkozy et l’équipe Fillon qui consiste, pour l’Etat, non plus à jouer son rôle de régulateur, mais à laisser chacun libre de décider de sa vie. C’est le ressort de l’individualisme qui est, dans cette conception, le fondement même de la politique. C’est de dire à chacun qu’on les laisse libre de se débrouiller tout seul. De devenir propriétaires s’ils le peuvent de leur logement, de travailler plus pour avoir davantage de pouvoir d’achat, de souscrire à des assurances personnelles pour garantir leur protection sociale, de choisir leur école pour assurer l’avenir de leurs enfants, d’aller dans les universités y compris privées s’ils veulent qu’ils aient un diplôme… Voilà ! Il leur faut oublier les autres, ils ne comptent plus. Ce qui compte, c’est eux. Le rôle de l’Etat, dans cette perspective, c’est de donner à ceux qui ont déjà beaucoup les moyens de réussir leur vie. Et les autres ?

 

Nous devons proposer une sortie collective qui n’empêche pas, bien sûr, la réussite personnelle ; elle doit, bien au contraire, en assurer l’épanouissement ; qui n’empêche pas la récompense du mérite, parce que c’est le fondement d’une société organisée ; qui pose des droits, mais qui impose des devoirs. Cette société doit faire en sorte que la réussite de chacun ne se fasse pas au détriment de la réussite de tous. La réussite de chacun doit s’ajouter à la réussite d’autres pour faire le destin commun.

 

Voilà le sens de l’action politique que nous devons proposer. Non pas je ne sais quelle forme de redistribution générale oubliant la production ; non pas je ne sais quel égalitarisme, mais la capacité que nous avons à proposer une école de l’excellence, une protection sociale fondée sur la responsabilité mais aussi l’égalité de tous, une conception du travail où nous sommes –les uns les autres- en capacité d’en retrouver un quand on l’a perdu.

 

Il faut donc montrer les oppositions entre ces deux projets :

 

Sur le travail : Les heures supplémentaires doivent être, pour la droite, la seule façon de pouvoir disposer d’un pouvoir d’achat supplémentaire. Il n’y aurait donc, face à une reprise de la production, qu’à donner des heures supplémentaires… tant pis pour ceux qui attendent un emploi, tant pis pour les chômeurs, tant pis pour les jeunes, tant pis pour les temps partiels… Ils n’ont qu’à travailler plus.

 

Mais si l’on détaxe des charges les heures supplémentaires, c’est en quelque sorte reconnaître la légalité du « travail au noir ». En définitive, il y aurait du travail qui serait fait par des salariés en dispense de toute charge, de toute cotisation, de tout impôt. Comment le « travail normal » peut-il donc trouver sa place ? Quelle société prépare-t-on si l’on instaure la concurrence entre ceux qui ont un travail et ceux qui n’en ont pas ?

 

Le grand enjeu donc n’est pas d’empêcher les uns et les autres de travailler davantage, mais de permettre à tous ceux qui aspirent à travailler de pouvoir entrer sur le marché du travail et dans l’entreprise.

 

Voilà pourquoi le travail pour tous est, pour nous, la perspective.

 

On nous parle de Contrat de travail unique, forme générale du CNE. Qu’avons-nous à opposer à cela ? Nous opposons une conception de la sécurité sociale professionnelle où il est possible effectivement de perdre à un moment son emploi mais, à tout instant, avec un accompagnement individuel, une formation, un reclassement et le retour vers l’emploi. C’est-à-dire un service public de l’emploi qui joue pleinement son rôle.

 

De la même manière, nous devons faire en sorte que les cotisations sociales soient plus faibles pour les salariés nouvellement embauchés que pour précisément celles et ceux qui recourent aux heures supplémentaires.

 

Sur la santé : la proposition de la droite est claire, c’est la « franchise » santé. Au début, d’ailleurs, personne n’avait bien compris ce que représentait cette question de la franchise. Maintenant, cela s’éclaircit. Et d’ailleurs, méfiez-vous en, car cette francise n’est pas sincère. Martin Hirsch a fini d’ailleurs, lui-même, par en découvrir le sens. La « franchise santé », c’est tout simplement que des familles ne pourront plus bénéficier d’une couverture par la Sécurité sociale sur les premiers soins. Comme aujourd’hui, les dépenses de santé progressent rapidement –le Premier ministre en a d’ailleurs fait l’aveu et le constat-, cela veut dire que dans les prochains jours, une procédure d’alerte va être déclenchée et la franchise (ou les franchises) va être instaurée. Cela aboutira à des déremboursements généralisés pas pour les catégories les plus pauvres qui peuvent bénéficier de la couverture maladie universelle, mais pour l’ensemble des Français.

Qu’opposons-nous à cette politique de santé qui aboutit à renvoyer les assurés sociaux vers les couvertures individuelles ? Nous prônons une politique de prévention, une politique de coordination des professionnels de santé et une priorité à l’hôpital public. Tout l’enjeu des prochaines années est de savoir qui pourra accéder aux soins et qui ne le pourra plus. Nous sommes déjà dans une société où la médecine est à plusieurs vitesses, où pour les plus modestes –et pas simplement pour les plus modestes- il faut attendre plusieurs mois pour accéder à un spécialiste.

 

Sur le logement : Pour la droite, c’est simple. Pour avoir un logement, il faut l’acheter. Et l’on nous aidera à l’acheter par la déductibilité des intérêts de votre impôt sur le revenu. Pour tous ceux qui n’ont pas la « chance » de payer l’impôt sur le revenu, c’est une solution introuvable. Et, pour les autres, est-il si simple d’accéder à l’emprunt ? Est-ce si facile quand on n’a pas de revenu stable d’acquérir un logement ? La réponse de la droite est là encore simple : il suffit d’attendre l’héritage des parents ou des grands-parents en franchise d’impôt bien sûr ! Pour devenir propriétaire, maintenant, il faut être riche ou bien portant ou avoir déjà un patrimoine et un revenu élevé.

 

Nous devons opposer une autre politique qui ne consiste pas uniquement à élever le nombre de logements sociaux (120 000 par an), mais qui est aussi de faire un plan d’accession à la propriété pour tous, et notamment par des prêts à taux zéro.

 

Sur l’Education : aujourd’hui même, Xavier Darcos annonçait la quasi-suppression de la carte scolaire. Nous disons, face à ce projet, qu’il faut redessiner, redécouper, revoir la carte scolaire, certes, qu’il faut permettre le libre choix de l’établissement dans un périmètre donné, mais aussi la mixité sociale. Il faut aussi une politique d’éducation qui fasse l’accompagnement scolaire gratuit, la pré scolarisation au plus tôt, à deux ans, et faire en sorte d’avoir un véritable plan pour les universités. Quant à la réforme des universités dont on veut nous parler aujourd’hui, il consiste à permettre à chaque université d’avoir des diplômes qui ne seraient plus des diplômes nationaux. Ce serait la fin de l’égalité sur le territoire dans l’accès aux qualifications.

 

Deux modèles d’éducation différents, deux modèles de santé différents, deux modèles de travail différents, deux modèles d’équité fiscale.

 

Que nous propose-t-on d’ailleurs ? Le bouclier fiscal à 50 %, c’est-à-dire la suppression de l’impôt sur la fortune, l’abandon de toute fiscalité sur les successions, aujourd’hui exonérée pour 75 % des successions dans notre pays, elle serait portée à 95 % -en clair pour ceux qui ont les plus gros patrimoines !

 

Et, comme il faudra payer tout cela et le reste, on augmentera la TVA. Ils l’ont déjà trouvée : La TVA SOCIALE. Sociale, oui, puisque tout le monde l’a paiera ! Voilà le sens pour eux de l’équité fiscale.

 

Face à ce modèle-là, nous devons proposer un modèle qui n’est pas l’augmentation des prélèvements obligatoires car l’impôt doit être juste mais maîtrisé, et qu’il doit financer d’abord des services collectifs. Notre rôle est donc de proposer une réforme fiscale.

 

Vous avez donc là le choix entre deux politiques. Tout domaine relève du Parlement : le vote d’une loi de finance, les politiques de logement, les politiques d’éducation, la santé publique et même le droit du travail. Voilà le sens qu’il faut donner à notre campagne.

 

CONCLUSION

 

Dans ce moment, la droite est animée d’un esprit de revanche. On le voit bien. Elle a attendu cet instant où elle pense que tout est permis. En 2002, dans une certaine mesure, Jacques Chirac avait gagné, surtout parce qu’il était contre l’extrême droite. Il avait donc gagné parce que nous avions même voté pour lui pour écarter l’extrême droite. Ce n’était donc pas une victoire qui leur permettait d’aller aussi loin qu’ils l’auraient voulu dans leurs intentions.

 

En 1995, Jacques Chirac avait gagné, mais aussi contre Balladur (il le trouvait d’ailleurs à l’époque plus à droite que lui). C’était une victoire qui s’était faite entre la droite et la droite, même si Lionel Jospin avait figuré au second tour et de belle manière. Il ne pouvait pourtant pas faire, au lendemain de cette victoire, faire la politique qu’il avait combattue (et déjà soutenue par Nicolas Sarkozy). Il n’a pas su très bien comment faire, il a nommé Alain Juppé et la dissolution est intervenue deux ans après. Je ne sais d’ailleurs si le retour d’Alain Juppé au gouvernement nous annonce, pour dans deux ans, une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, mais comme il y a des élections législatives, inutile d’attendre une hypothétique dissolution dans deux ans, votons tout de suite pour les candidats de gauche.

 

Ce qu’ils n’ont pas pu faire en 1995, ce qu’ils n’ont pas osé faire en 2002, en 2007 ils se sentent mandatés par le suffrage pour le réaliser. Ils pensent donc que le moment est enfin venu de prendre la revanche sur la gauche, sur François Mitterrand qui était venu en 1981 occuper un pouvoir qui n’était de fait pas prévu pour lui. Prendre aussi la revanche sur la politique de Lionel Jospin, venu après une dissolution manquée. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour eux de prendre la revanche uniquement sur la politique de F. Mitterrand ou de L. Jospin, mais d’aller encore plus loin : prendre la revanche sur Mai 68, prendre la revanche sur le programme du Conseil national de la Résistance et plus loin encore si c’est nécessaire ! Ils remonteront le temps parce qu’ils veulent en terminer avec le modèle français, en terminer avec le pacte, le modèle social tant il est pour eux devenu insupportable ce surplus de syndicats, d’Etat, de lois, de gauche. Parce qu’ils veulent aussi régler le compte de la gauche.

 

Il suffit de regarder la manière dont ils en parlent. Nous aurions, paraît-il, perdu la bataille idéologique, comme si la droite l’avait gagnée, comme si le pays –qui a voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy- était devenu pour autant libéral. Ils se trompent. C’est plus complexe. Pour une part, il aspire à l’ordre ; il est d’ailleurs quelques fois capté par la droite à tort et attire des catégories électorales qui ne devraient pas voter à droite et qui pourtant le font. Le pays sans doute a été abusé par un discours ; cela peut arriver. Mais, pour autant, la France telle qu’elle est aujourd’hui n’est pas devenue libérale, soumise au modèle anglo-saxon, américaine. Nicolas Sarkozy se trompe. Il croit que la société est devenue comme les autres, banale, perdant son exception ; il croit que l’on peut faire n’importe quoi en France comme si nous étions dans une société de l’argent. Je ne le crois pas. Il y a des règles, des principes ; il y a des forces en France qui permettent d’avoir une société, ce que nous sommes, soucieuse de l’égalité, des libertés et aussi de la laïcité.

 

Si nous voulons éviter, et je le veux pour mon pays, les confrontations, les conflits, une forme de révolte qui peut toujours surgir ; si nous voulons éviter les tumultes, du désordre, une mobilisation pas toujours heureuse, c’est maintenant qu’il faut voter.

 

Tous ceux qui nous disent qu’après tout, rien n’est si grave ; nous passerons cette épreuve électorale puis nous ferons de grandes manifestations s’ils touchent à nos droits fondamentaux se trompent. Il vaut mieux d’abord voter que de manifester. Il sera bien temps de le faire ensuite.

 

Face à cet esprit de revanche, la gauche doit être animée de l’esprit de responsabilité. Nous devons être utiles à nos concitoyens. La France, en ce moment, a besoin de la gauche, a besoin d’équilibre, de garanties, de mouvement –celui que nous représentons-, a besoin d’imagination, a besoin d’innovation, d’esprit de conquête –celui que nous portons également.

 

Nous ne sommes pas là simplement pour résister, pour empêcher, pour contester. Nous devons être, dans cette future assemblée, une gauche qui sans doute protège, mais qui propose. Nous devons être les garants de la cohésion.

 

 

Nous avons promu dans la campagne une conception de la justice et de l’ordre ; une conception aussi de la société  capable de créer des richesses, mais aussi d’être en situation de mieux les répartir, de poser des droits et des devoirs et de faire en sorte que nos mécanismes de distribution aillent bien là où ils sont espérés et attendus.

 

Si nous sommes conscients de nos responsabilités, nous sommes devant un défi. Il n’est pas mince car il peut y avoir un sentiment d’abandon, de doute par rapport à l’avenir.

 

Si nous voulons relever le défi, nous devons y aller franchement. Il faut le faire avec fierté. Il ne faut pas aller dans cette élection avec le seul souci de garder, de conserver. Il faut le faire avec esprit de conquête. Soyez fiers d’être de gauche, d’être socialistes dans cette France d’aujourd’hui. 17 millions de nos concitoyens ont donné le même message que nous. Beaucoup doutent de ce que peut faire Nicolas Sarkozy ; beaucoup savent ce qu’il est capable de faire et pas dans le meilleur des sens.

 

Nous devons donc relever ce défi. Pas pour nous-mêmes, mais pour la France. Nous sommes la seule force capable d’offrir une solution aux Français. Il sera bien temps de refonder ensemble la gauche après les élections législatives, de rénover autant qu’il sera possible le Parti socialiste, d’attirer de nouveaux citoyens à venir vers nous pour prendre leur part du redressement espéré. Il faudra renouveler autant qu’il est possible tout en gardant ce qui fait les références, les principes de notre action. Se moderniser autant qu’il le faudra, rester fidèles à nous-mêmes en même temps, fiers de notre histoire.

 

Je me consacrerai pleinement, avec vous, jusqu’au dernier moment à la préparation des élections législatives parce que c’est à partir de ces élections, de ce socle que nous donnerons les Françaix, que nous pourrons construire.

 

Je construirai avec vous la gauche de demain. Mais, aujourd’hui, il faut bâtir avec les Français non pas des murs pour résister, mais des murs d’espérance, des murs qui nous placerons haut les uns et les autres. Et, plus nous serons haut, plus à l’Assemblée nationale il y aura des députés de gauche et plus la France sera équilibrée, représentée.

 

Faites en sorte de partir dans cette campagne avec courage –sans doute, avec conviction –vous l’avez, mais avec ambition. Tout est possible avant un scrutin. Rien ne peut nous être interdit à condition d’avoir confiance en nous et de servir les Français.

 

Je sais qu’à Bordeaux, vous avez confiance en vous et que vous voulez servir les Français.

Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /2007 09:28

Législatives : "Je veux lancer ici à La Rochelle, dans ma région, un message de mobilisation aux électeurs."

 
 
Lors d'un point presse à la Rochelle, Ségolène Royal, venue soutenir des candidats du Parti socialiste et du PRG aux élections législatives, a lancé samedi un appel à la mobilisation pour les élections législatives aux 17 millions d'électeurs qui ont voté pour elle au second tour du scrutin présidentiel.

"Je veux lancer ici à La Rochelle, dans ma région, un message de mobilisation aux électeurs. Il faut que les 17 millions d'électeurs qui m'ont donné leur voix viennent voter".

"Il est important que ce mouvement de fond qui s'est lancé aux présidentielles, cette énergie, cet enthousiasme se transforment aux législatives", a-t-elle dit. "Quelque chose s'est déclenché qui ne doit pas s'arrêter".

Ségolène Royal voit dans ces échéances "un enjeu démocratique majeur pour que tous les pouvoirs ne soient pas dans les mêmes mains".



Les mensonges du nouveau Président de la République



Ségolène Royal a aussi dénoncé les "mensonges" de Nicolas Sarkozy depuis 10 jours.

"Il y a eu des mensonges tenus par Nicolas Sarkozy". "Sur ces quelques semaines seulement il va pouvoir faire illusion, sauf qu'au vu de la gestion des premiers dossiers on voit que les promesses ne correspondent à rien et ont été faites, pour un certain nombre d'entre elles, uniquement pour gagner des voix".

"Le moment de vérité arrivera pour Nicolas Sarkozy" parce que "les gens vont se rendre compte qu'ils ont été floués petit à petit par un certain nombre de propositions qui sont intenables".

"Un certain nombre de gens se sont faits avoir lorsqu'ils imaginaient que du jour au lendemain ils allaient pouvoir obtenir des déductions d'intérêts sur les emprunts immobiliers".

Parmi ces Français "floués", elle a évoqué les personnes âgées qui ont voté pour Nicolas Sarkozy en raison de la promesse d'allégement sur les droits de succession alors que dans "75% des cas il n'y a aucun droit perçu" ou "ceux qui ont acquis leur résidence principale il y a quelques mois et qui pensaient pouvoir bénéficier de déductions de leurs intérêts d'emprunts".

"C'est la même chose pour le service minimum". Après avoir pris contact avec les organisations syndicales le président Nicolas Sarkozy a été contraint de constater "qu'une réforme comme celle-ci aussi brutalement qu'il l'avait promise est impossible".

Les promesses déjà non tenues incluent la candidature de la Turquie à l'Union européenne. Nicolas Sarkozy a fait "une promesse qu'il savait intenable", c'est que "dès son élection il interromprait les négociations avec la Turquie". "A peine son voyage à Bruxelles s'est-il passé qu'il a été aussi obligé de reculer, il n'a aucun pouvoir pour arrêter du jour au lendemain les négociations au long cours et qui ont engagé dans la quinzaine d'années qui sont devant nous la parole de la France".
Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /2007 17:21
Le Canard enchaîné du 23 mai 2007

T’as voulu voir Grenelle

Ils en avaient tellement envie ! Eux, les écologistes, les zozos, ceux qui veulent s’éclairer à la bougie, ceux dont la classe politique française ricane depuis trente ans, et voilà que not’ nouveau président les reçoit en petites pompes à l’Elysée ! Et leur dit tout ce qu’ils voulaient entendre : en octobre prochain, les gars, j’organise un « Grenelle de l’environnement ». Oui, Grenelle, comme en mai 68 ! Et on parlera de tout, « sans tabous »…
 
Et, attention, on se fixera des objectifs précis, chiffrés, sur cinq ans, ça sera du concret, du solide, pas du bla-bla. D’ailleurs, c’est l’aimable Juppé, avec sa tête de converti à l’écologie, qui va s’occuper de tout, lui et son Grand ministère du Développement durable. Affriolant, non ? Alors les neuf présidents d’associations écolos (de Greenpeace à WWF en passant par les Amis de la Terre) sont sortis de l’Elysée ravis.
 
« Une rencontre historique », a dit l’ami des oiseaux Bougrain Dubourg. « On met enfin de côté nos petits préjugés », dit Nicolas Hulot. Quels préjugés ? En février dernier, l’Alliance pour la planète, qui rassemble 71 associations de défense de l’environnement (dont celles qu’a reçues Sarkozy lundi), avait examiné à la loupe et noté les programmes des candidats : avec 8,5 sur 20, Sarko avait écopé d’une des pires notes écolos.
 
Il faut dire que l’homme « qui va faire ce qu’il dit » l’avait très nettement dit : il voulait bien tout mettre sur la table, sauf…
Sauf le nucléaire : pas question d’un moratoire sur l’EPR.
Sauf les OGM : pas question d’arrêter les essais en plein champ.
Sauf les autoroutes : pas question de cesser d’en mettre partout.

Et puis pas question non plus de déranger les tenants de l’agro-industrie qui ont fait de la France un champion mondial des pesticides, et de ses rivières parmi les plus polluées d’Europe.
Pas question, même si toutes les villes de plus de 100 000 habitants sont désormais abonnées aux pics d’ozone et de gaz carbonique (24 jours par an en moyenne) et qu’une étude de l’Inserm vient de prouver que les gaz d’échappement rendent vraiment les enfants malades (asthme et eczéma), pas question de s’attaquer à la bagnole.
 
Pas question non plus d’énerver nos amis chasseurs. Ni l’ami Bouygues, qui continue de couvrir la France d’antennes relais. Ni l’ami Proglio, qui trouve que 158 incinérateurs (record mondial) ne suffisent pas vraiment. Etc. Bref, si quelqu’un a de « petits préjugés » sur l’écologie, c’est bien Sarkozy !
 
Et justement : aujourd’hui, les Verts sont dans les choux, et l’écologie politique à la ramasse. Avant les législatives, il essaie donc de rafler la mise en montrant que, plus Vert que lui, y a pas, même à gauche. De là à croire qu’à peine élu il a de nouveau « changé »…Ah, un détail : le « Grenelle de l’environnement », qui devait avoir lieu en septembre, est repoussé à la première quinzaine d’octobre. Cas de force majeure : Nicolas Hulot doit finir un tournage pour TF1.

Jean-Luc Porquet

Un dessin illustre cet article avec un dialogue entre Juppé et les ONG environnementales :
Les ONG : “- Si vous continuez le nucléaire, les OGM et les autoroutes, on parle de quoi ?”
Juppé : “- De l’ours des Pyrénées, si vous voulez”

Commentaire : la naïveté de certains me laisse toujours perplexe !
Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /2007 17:28
Franchises: les médecins craignent des obstacles dans l'accès aux soins


PARIS, 28 mai 2007 (AFP) - Le président du premier syndicat de médecins libéraux, la CSMF, Michel Chassang, a indiqué, lundi, que l'instauration de franchises médicales pour combler le déficit de la Sécurité sociale avait pour "inconvénient de retarder l'accès aux soins des plus démunis".
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé, dimanche, que la création de quatre franchises médicales (consultations, hôpital, analyses médicales, médicaments) serait inscrite dans le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008, présenté en septembre.
"La franchise médicale a deux inconvénients: le premier, c'est qu'elle risque de retarder l'accès aux soins des plus démunis, notamment aux soins primaires dispensés par le médecin généraliste", a déclaré à l'AFP M. Chassang.
"Le second inconvénient, c'est qu'avec le montant évoqué par Mme Bachelot (10 euros par franchise, ndlr), ces franchises seront de toute façon largement insuffisantes pour équilibrer les comptes, ce n'est pas un mécanisme de régulation", a-t-il estimé.
Selon lui, pour équilibrer le déficit de la Sécurité sociale, dont le dérapage atteindrait 2 milliards d'euros en 2007, il faut "poursuivre la maîtrise médicalisée (baisse des arrêts de travail, promotion du médicament générique etc., ndlr), réformer l'hôpital et revoir le financement de la protection sociale".
Le président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) est ainsi favorable à la création d'une "TVA sociale" qui permettrait à la fois de "taxer les produits d'importation, de diminuer le coût du travail et de renflouer les caisses de la +Sécu+".
M. Chassang a également réitéré ses critiques à l'égard de l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam), fixé à +1,1% pour la médecine de ville (médecine libérale) en 2007, jugé "intenable" par la CSMF et "inéquitable par rapport à celui de l'hôpital (+3,5%)".

Par EXCOFFIER Jean - Publié dans : Actualité politique nationale
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